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« Lorsqu’un PDG d’une entreprise tech de 300 salariés s’est effondré en larmes après un énième comité de crise, ce n’était pas une faiblesse. C’était un trop-plein. Ni vu, ni entendu, mais largement partagé. »
Dans un monde du travail de plus en plus complexe, incertain et exigeant, le leadership s’exerce sous haute tension. Prises de décision en cascade, responsabilités élargies, exposition médiatique, pression des résultats : les dirigeants font face à des défis multiples, parfois au détriment de leur propre santé mentale. Trop longtemps ignoré ou minimisé, le bien-être psychologique des leaders apparaît enfin comme l’un des enjeux majeurs pour la performance durable des organisations.
Dans ce contexte, les leaders, exposés à de fortes tensions, sont appelés à devenir des catalyseurs de bien-être durable au sein de leurs organisations.
Une réalité souvent invisible, mais bien présente
25 % des salariés dans le monde présentent des symptômes de burnout. (Source : McKinsey Health Institute, 2022). Et les dirigeants ne sont pas épargnés. Selon la Harvard Business Review (2021), ils présentent un niveau comparable de détresse psychologique à celui du reste des salariés, mais s’autorisent moins à demander de l’aide. Leur position les expose à l’isolement émotionnel, à l’auto-censure, et à une forme d’invisibilité des vulnérabilités.
« Le plus dur, c’est de ne pas montrer que je vais mal. Pas parce que je veux cacher mes émotions, mais parce que je crois qu’on attend de moi que je tienne. Toujours. » Dirigeant dans l’industrie pharmaceutique, accompagné en coaching individuel.
Comprendre les fractures du leadership moderne
1 – isolement décisionnel
Même bien entourés, les dirigeants doivent souvent arbitrer seuls dans l’incertitude. Cette solitude silencieuse altère la lucidité et fragilise la qualité des décisions.
2 – charge mentale persistante
Réunions à la chaîne, hyperconnectivité, bruit de fond numérique : une exposition constante qui épuise les ressources attentionnelles. Les neurosciences cognitives nous confirment que la surcharge informationnelle active en continu le cortex préfrontal, siège de la concentration et de l’analyse, au détriment de la régulation émotionnelle.
3 – exemplarité à double tranchant
Vouloir incarner la résilience à tout prix pousse certains leaders à refouler leurs limites. Or, le refoulement émotionnel chronique peut activer des circuits de stress durables dans le cerveau limbique.
Identifier les signaux faibles à ne pas négliger
Fatigue chronique ou irritabilité inhabituelle. Difficultés à déconnecter, hyper-contrôle, micro-management. Perte d’intérêt pour les relations ou les idées nouvelles. Érosion de la capacité de discernement et de recul stratégique. Ces signaux ne sont pas des faiblesses : ce sont des indicateurs neurologiques d’un déséquilibre du système d’alerte (axe HPA, amygdale, cortisol).
Ce sont les signes précurseurs d’un trouble de l’adaptation. Ce travail d’adaptation, longtemps effectué en arrière-plan pour aider le dirigeant à gérer la pression extérieure et intérieure, cesse soudainement de fonctionner ou perd de son efficacité habituelle. Les reconnaître, c’est faire preuve de lucidité, pas de fragilité.
Cinq leviers à activer pour un leadership équilibré et durable
1 – ralentir pour mieux décider
Des micro-pauses (marche, respiration, méditation) diminuent l’hyperactivité du cortex préfrontal et restaurent la clarté mentale.
2 – créer un espace de parole sécurisé
Coaching, supervision, cercles de pairs : un cadre de verbalisation réduit l’activation émotionnelle et stimule les zones du cerveau liées à l’empathie et au jugement.
3 – alléger les routines sur-sollicitantes
Réduire les réunions, clarifier les priorités, déconnecter volontairement. L’efficacité neuronale dépend aussi du silence et de la concentration profonde.
4 – nourrir sa santé émotionnelle
Pratiquer la gratitude, la respiration consciente, ou la tenue d’un journal active le système parasympathique, qui apaise les circuits du stress.
5 – développer une culture du soin collectif
Un climat d’écoute, de droit à l’erreur et de reconnaissance active la sécurité psychologique, favorable à la coopération et à l’innovation.
Le leadership commence par soi
Un leader aligné, lucide sur ses ressources internes, inspire durablement son collectif.
À l’inverse, un leadership sur-réactif, tendu ou épuisé fragilise la stratégie, les relations et le climat de l’organisation.
Les pièges à éviter
- Réduire la santé mentale à une affaire individuelle ou médicale.
- Se sentir coupable de ralentir ou de douter.
- Penser que vulnérabilité et légitimité s’excluent.
« Le leadership ne consiste pas à être invulnérable. Il consiste à être courageux »
— Brené Brown, chercheuse et auteure de Dare to Lead.
Le bien-être des dirigeants est un impératif stratégique. Il aligne santé individuelle, lucidité managériale et durabilité collective. Être un leader aujourd’hui, ce n’est plus tenir envers et contre tout. C’est apprendre à s’écouter pour mieux écouter. Et reconnaître que prendre soin de soi, c’est déjà prendre soin du collectif.
Et maintenant ?
Ces réflexions s’appuient sur des années de dialogue entre dirigeants et coachs, au cœur des réalités du leadership contemporain.
En tant que praticien ou praticienne des fonctions de dirigeant(e) ou de manager, quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre propre équilibre ?
Quelles marges de respiration pouvez-vous introduire dans votre agenda ? Quels rituels protecteurs pouvez-vous intégrer dès cette semaine dans votre pratique pour mieux diriger ?
Et si prendre soin de votre santé mentale devenait un acte de leadership à part entière ?
Olivier Aubriet* – Sanofi & Eric Mallet – Lugh & Co
*Olivier Aubriet – salarié de Sanofi Winthrop Industrie. Les opinions exprimées ici reflètent ses propres points de vue et non ceux du groupe Sanofi, son employeur.



