Homme stressé

Risques psycho-sociaux : rôle du dirigeant, coûts associés et impacts des dispositifs de prévention dans l’entreprise

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Depuis plusieurs décennies, les risques psychosociaux (RPS) représentent un défi majeur. Leurs causes racines se trouvent, le plus souvent, dans les sphères professionnelle et personnelle et leurs impacts s’étendent bien au-delà du cadre de l’entreprise.

Quel est le rôle du dirigeant dans la prévention des risques psychosociaux ?

En France, la question des risques psychosociaux est devenue un sujet de préoccupation majeur pour les entreprises et les autorités régulatrices. Avec l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance en 2017 et l’intégration de l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la qualité de vie au travail en 2013, la responsabilité des dirigeants en matière de prévention des risques psychosociaux est devenue plus explicite.

Le Code du travail français exige que les employeurs prennent des mesures pour protéger la santé mentale de leurs collaborateurs et pour prévenir les risques psychosociaux. Les dirigeants sont tenus de mettre en place une démarche de prévention des RPS au sein de leur entreprise, comprenant : l’évaluation des risques, la mise en œuvre de mesures de prévention et la formation du personnel.

Des organismes tels que l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) ou la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) fournissent des ressources et des conseils aux entreprises pour les aider à identifier et à gérer les risques psychosociaux.

Dans ce contexte réglementaire et social exigeant, les dirigeants jouent un rôle crucial dans la promotion d’un environnement de travail sain et dans la prévention des risques psychosociaux. En plus de leur responsabilité morale envers leurs employés, ils ont également une obligation légale de garantir la santé mentale et le bien-être au travail.

Les dirigeants d’entreprise se trouvent donc dans la ligne de mire des acteurs sociaux et en première ligne de cette démarche. Ils sont, non seulement, personnellement engagés, mais aussi légalement responsables. Ils se doivent donc de mettre en place des dispositifs pour traiter et prévenir ces risques. Leur position de dirigeant les expose tout autant que leurs collaborateurs, malgré leurs efforts constants.

Quels sont les coûts économiques liés aux RPS ?

Les coûts économiques associés aux risques psychosociaux sont devenus une préoccupation majeure pour les entreprises, les autorités publiques et les acteurs sociaux. Non seulement ces coûts impactent directement la rentabilité des entreprises, mais ils ont également des répercussions sur la société dans son ensemble.

En 2023, le coût direct et indirect des risques psychosociaux et du stress au travail a été évalué à 6 milliards d’euros par l’INRS. Cette somme astronomique enfle d’année en année, tandis que les dépenses destinées à la prévention des risques psychosociaux ne cessent, elles aussi, de croître.

Les coûts directs comprennent les dépenses liées aux arrêts maladie, aux soins de santé, aux indemnités de licenciement et aux litiges juridiques résultant des situations de stress, de harcèlement ou de burn-out au travail. Ces dépenses représentent une charge financière significative pour les entreprises, qui doivent aussi faire face à une baisse de productivité et à une perte de compétitivité sur le marché.

Les coûts indirects sont tout aussi préoccupants, voire plus, car ils englobent les conséquences à long terme sur la santé des employés, la diminution de la motivation et de l’engagement au travail, ainsi que les effets négatifs sur la réputation de l’entreprise en tant qu’employeur. Ces coûts indirects peuvent se manifester par une augmentation du taux de rotation du personnel, une baisse de la satisfaction des clients et une détérioration du climat social au sein de l’organisation.

Face à ces enjeux économiques, de nombreuses entreprises françaises investissent dans des programmes de prévention des risques psychosociaux. Malgré des investissements croissants, l’efficacité de ces dispositifs reste souvent difficile à mesurer, ce qui soulève des interrogations légitimes quant à leur efficacité à court-moyen terme et à leur rentabilité.

Un sentiment d’impuissance croissant

Face à ces défis, un sentiment d’impuissance semble s’installer. Il serait tentant d’accepter passivement leur existence comme une réalité inévitable, comme un facteur ontologique de l’homme du XXIème siècle. Cependant, céder à un tel fatalisme reviendrait à renoncer à la responsabilité de préserver la santé mentale de chaque individu dans le monde du travail et à accepter la dégradation programmée de la création de valeur des entreprises face à une concurrence mondiale toujours plus compétitive.

Constat sur l’impact réel des dispositifs de prévention

Malgré les efforts croissants déployés par les entreprises dans la prévention des risques psychosociaux, un constat sur l’impact réel des dispositifs mis en place révèle une lacune significative.

Selon l’enquête « Santé des salariés et qualité de vie au travail » menée en 2023 par Malakoff-Humanis, 3/4 des salariés déclarent ne pas avoir connaissance des mesures mises en place dans leur entreprise pour réduire les risques psychosociaux. Cette méconnaissance soulève des questions sur l’efficacité et la visibilité des actions entreprises par les employeurs pour promouvoir la santé mentale au travail.

Alors que les entreprises françaises scrutent minutieusement le retour sur investissement (ROI) de leurs dépenses, il est questionnant de constater un niveau d’exigence moindre en ce qui concerne la gestion des budgets alloués à la prévention des risques psychosociaux. Cette tendance souligne un besoin urgent de revoir les approches et les stratégies de prévention pour les rendre plus efficaces, plus visibles aux yeux des employés et surtout plus mesurables dans leurs effets.

Face à ces défis et à cette prise de conscience, il est crucial pour les dirigeants d’entreprise de s’entourer de professionnels qui s’engagent dans la mise en place de dispositifs préventifs et curatifs pérennes et mesurables. Cette démarche nécessite une réévaluation des pratiques actuelles et une volonté de repenser les investissements pour garantir une gestion efficace des risques psychosociaux et promouvoir un environnement de travail sain et épanouissant pour tous les employés.

Comment réévaluer ces pratiques ? Par où commencer ? Ces interrogations feront l’objet d’un deuxième article dédié. Dans l’intervalle, n’hésitez pas à nous contacter en cas de questions.

Sybille Sommet

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