Lugh & Co Opinions | 7 septembre 2020

[Article] Pourquoi les dirigeants français continuent (en majorité) à ne pas avoir de coach

Je suis convaincu que tout dirigeant d’entreprise devrait avoir un coach d’entreprises. C’est d’ailleurs mon cas.

La mission du dirigeant est de permettre à son entreprise, et à ses collaborateurs (s’il n’est pas seul) de traverser l’océan du temps, en sachant affronter les aléas, les tempêtes, les pot-au-noir, etc. Tout en faisant des haltes pour faire monter de nouveaux membres d’équipages et permettre à d’autres de descendre.

Or le monde n’est pas plus simple au fil du temps. La crise sanitaire actuelle, que l’on subodore être la première d’autres (économiques, climatiques, politiques, sanitaires…) rend toute décision prise encore plus impactante pour la suite (survie ?) de l’entreprise. La voie sur laquelle celle-ci évolue s’est resserrée et les pentes se sont, de part et d’autre, escarpées.

Réussir cette traversée du temps impose, de plus en plus, de faire les bons choix, aux bons moments. Dès lors, avoir un “sparring partner”, neutre, extérieur à l’entreprise, et capable de me challenger, moi dirigeant, sur les sujets vitaux ou annexes, macros ou micros, de me faire prendre le bon recul ou la bonne focale, est d’une efficacité nécessaire.

Sans parler des nombreux exemples de nos clients dont le chiffre d’affaires, la rentabilité, la croissance, la sérénité ont cru tout au long de l’accompagnement.

Je m’applique ce que je préconise aux autres, j’ai donc moi-même un coach d’entreprises.

Mais pourquoi sommes-nous aussi peu nombreux dans ce cas ?

D’aucuns pourraient penser qu’étant coach, il est logique que je prêche sur l’importance d’en avoir un. Dans la décennie passée, j’ai rencontré, voire formé, des dizaines de coachs, dont certains sont repartis prendre des postes de dirigeants en entreprise. Parmi ces derniers, aucun n’a pris un coach, bien qu’ils aient prêché auparavant l’importance d’en avoir un.

Alors pourquoi aussi peu de dirigeants, en France notamment, se font coacher ?

Une explication est très certainement notre éducation de base : l’école nous a appris à gagner seuls ! Si j’ai un cerveau un tant soit peu “cortiqué” et que je travaille bien pendant mes études, je n’ai besoin de personne sur les 20 à 30 premières années de ma vie. Soit une part considérable. Difficile de changer ensuite ses habitudes. C’est une énorme différence avec les Américains ou les Canadiens, où être dirigeant et coaché devient aussi proche que dirigeant et gérer un P&L. Dans leur formation scolaire, ils ont en effet appris très tôt à travailler en équipe, donc à savoir faire appel aux autres et à se faire challenger.

Une autre explication de l’indifférence (voire du rejet) des dirigeants français pour le coaching est que l’intelligence la plus développée chez la plupart d’entre eux est l’intelligence analytique, qui se nourrit de chiffres, de concepts, d’analyses pragmatiques et chiffrées. Investir dans du coaching implique donc un besoin de ROI (“return on investment”, retour sur investissement). Or, le coach n’étant pas aux manettes, calculer son impact de façon chiffrée est (plus) difficile. Et communiquer sur les succès est compliqué car le dirigeant accompagné a rarement envie que ce qu’il a gagné/réussi soit connu de l’extérieur. La confidentialité est de mise. Heureusement.

De plus, s’il est parfois évident d’imaginer que le coach a joué un rôle significatif lorsque le chiffre d’affaires est multiplié par 32 en 4 ans comme c’est le cas pour un client, ça l’est bien moins lorsqu’un autre explique que cela lui a permis de réussir sa prise de fonction au-delà de ses espérances. Ou encore que le Comité de Direction est enfin efficace. Etc.

Ce besoin “viscéral” de déterminer ce ROI est aujourd’hui, selon moi, une des causes majeures de la faible utilisation du coaching d’entreprises dans les sociétés françaises. Aucun chercheur à ma connaissance ne s’est penché sur ce sujet, car le coaching d’entreprises est encore trop méconnu, je pense. Peut-être cela devrait-il changer.

Pourquoi être coaché reste une « cerise sur le gâteau » dans l’entreprise

Être coaché quand on est dirigeant est donc un luxe dans l’esprit de beaucoup, une cerise sur le gâteau. Comme l’on disait autrefois qu’avoir un smartphone dans l’entreprise n’était pas une nécessité, qu’on pouvait faire sans. C’est tout à fait exact. Mais qui peut aujourd’hui s’en passer ?

Dans la tension et l’incertitude qui existent actuellement, ma conviction profonde, mais je suis certes biaisé, est que le coaching, et surtout le coaching d’entreprises (business coaching) sont nécessaires pour affronter le monde avec plus de sérénité et de réussite. C’est bien sûr un coût, mais c’est l’intelligence du dirigeant de prendre des risques et de savoir investir comme il convient, pour lui et ses équipes. La posture qui consiste à “faire comme les autres”, ou à attendre que les autres bougent pour bouger, risque de coûter bien plus cher, et surtout de rapporter bien moins. Et c’est aux coachs de créer une valeur ajoutée suffisante pour que leurs clients soient convaincus que ce n’est pas un luxe qu’ils s’offrent, mais que le coaching est une nécessité qui leur permet d’être plus efficaces.

Il faut donc que le coaching redescende dans la pyramide de Maslow du dirigeant. De cerise sur le gâteau, il doit en devenir la farine. Cela permettra aux entreprises d’accroître leurs chances de survie et leurs réussites.

Xavier Baudard