[Article] Les impacts du télétravail : 7 angles morts à considérer

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Les confinements, impacts de la pandémie Covid-19, ont obligé bon nombre d’entreprises à mettre en place le télétravail en quatrième vitesse. Depuis, certaines sont revenues en arrière, d’autres ont accéléré, d’autres encore n’ont fait que poursuivre ce qui avait déjà été mis en œuvre. Dans ces deux derniers cas, le constat est que, très souvent, un certain nombre d’angles morts, induits par la mise en place du télétravail à grande échelle, n’ont pas été perçus (ou pas voulu être perçus). Ils concernent :

  • la réalisation de la stratégie
  • la créativité
  • la marque employeur
  • l’équité entre collaborateurs
  • la santé des salariés
  • la sûreté et la confidentialité
  • l’empreinte carbone

L’impact du télétravail sur la réalisation de la stratégie

Si besoin était de le rappeler, l’objectif des équipes d’une entreprise est de réaliser la stratégie validée par la direction et/ou les actionnaires. Cette évidence semble pourtant avoir été omise des réflexions menées lors de la mise en place du télétravail de façon pérenne. A la question que nous posons régulièrement à des dirigeants ou des DRH (“en quoi la mise en place du télétravail accélèrera ou, au contraire, ralentira l’accomplissement de votre stratégie ?”), la réponse obtenue est généralement un long silence. Même si l’instauration du télétravail n’induit pas nécessairement de retard pris dans la réalisation du plan stratégique, ne pas s’être posé la question de son impact sur cette dernière est un oubli qui peut peser lourd à l’arrivée.

L’avancée de la stratégie passe aussi souvent par nombre de petits projets, habituellement sous-jacents aux projets majeurs et donc généralement suivis de moins près. Dans leur déroulement, il n’est pas rare qu’un point de blocage se dénoue entre les protagonistes lors d’un déjeuner à la cantine, en se croisant à la machine à café, en prenant cinq minutes sur un coin de bureau après s’être croisés dans le couloir, etc. Mais quand chacun est chez soi, ou dans les locaux quand les autres n’y sont pas, difficile de retrouver cette spontanéité, cette réactivité. Dès lors, le risque que des retards soient pris ou que des erreurs bêtes arrivent sur ces projets s’accroît. Pour rappel, de grands enjeux ont échoué pour de petites choses : l’explosion au décollage de la navette Challenger de la NASA, due à un impair dans le processus de validation d’un joint d’étanchéité de quelques dollars. 

L’impact du télétravail sur la créativité

Ces moindres interactions sociales entre collègues impactent aussi la créativité, et donc l’innovation. En effet, nombre d’idées naissent des échanges fortuits avec les autres. C’est, entre autres, la raison pour laquelle le siège de Pixar a été conçu en plaçant les toilettes et les espaces de restauration le plus loin possible des bureaux : pour accroître les probabilités de croiser des personnes extérieures à son service et d’échanger avec elles. Microsoft avait fait de même à Seattle avec les bureaux des développeurs informatiques : les placer le plus loin possible des toilettes et des machines à café, pour augmenter les probabilités d’interactions de cette population sédentaire.

De plus, nombreuses sont les études ayant démontré que les systèmes de visioconférence les plus immersifs ne permettent pas d’avoir une créativité aussi abondante que lors d’une réunion physique. Alors, que dire des visio avec une piètre qualité à cause de débits insuffisants, ou de celles faites avec la caméra éteinte ?

Par conséquent, la réduction des interactions physiques, du fait du télétravail, impactera forcément de façon négative la créativité des entreprises. Mais cela ne se verra pas de suite.

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L’impact du télétravail sur la marque employeur

Ces interactions sont aussi très importantes pour développer son réseau de contacts utiles au sein de la société dans laquelle on travaille. Les rencontres informelles de collègues directs ou indirects, à la cantine, en séminaire, à la machine à café, etc., permettent au collaborateur de nouer des liens, de développer des relations qui peuvent lui être utiles pour son efficacité au quotidien. En effet, il est bien plus facile de décrocher son téléphone et d’appeler quelqu’un que l’on connaît déjà, pour échanger sur une difficulté technique ou business, ou pour partager une idée.

Avec le télétravail, ces occurrences de rencontre diminuent : entre ceux qui ne viennent plus ou presque, et ceux qu’on ne croise pas car ils sont dans une équipe dont les jours de télétravail sont différents des siens, difficile d’accroître son réseau interne. Ce phénomène est encore plus critique pour de nouvelles recrues.

Ce manque de rencontres ne facilite pas non plus le développement des soft skills. De même pour la visio, qui tronque la majorité du langage corporel, élément essentiel de leur développement. Et pour peu que le management du supérieur hiérarchique et/ou fonctionnel soit moyen voire médiocre, l’intérêt et le sentiment d’appartenance du collaborateur pour l’entreprise risquent fort de s’effriter rapidement.

Or, une entreprise où le collaborateur ne développe pas un réseau de relations fort (potentiel atout dans ses prochaines étapes de carrière, dans cette même entreprise ou ailleurs), et dont il ne se sent pas vraiment proche, est-elle une société qu’il aura envie de promouvoir à l’extérieur, ou dans laquelle il se verra rester ? Peu probable, et donc un handicap sérieux pour la marque employeur…

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L’impact du télétravail sur l’équité entre collaborateurs

Cette perte de sentiment d’appartenance à l’entreprise peut être amplifiée par un sentiment d’iniquité induit par le télétravail. Il arrive, en effet, que dans certains services, d’aucuns peuvent être en télétravail quand d’autres ne le peuvent pas (cols blancs vs. cols bleus dans les usines, par exemple). Si les jours de télétravail sont les vendredis et lundis, la perception que certains sont en week-ends prolongés ne peut pas être empêchée. Ceux qui doivent venir dans les locaux peuvent alors se sentir dévalorisés.

La souplesse dans les horaires est une autre dynamique pouvant générer ce sentiment d’iniquité : ne pas être dans les locaux permet de pouvoir plus aisément assouplir ses horaires et mixer temps de travail et temps de vie personnelle. Certaines entreprises, pour, entre autres, réduire cet effet et éviter que chacun fasse ses propres horaires sans se soucier des autres, ont mis en place des plages horaires de disponibilités pendant lesquelles le collaborateur doit être joignable.

Ce sentiment de liberté à deux vitesses peut aussi être amplifié par la mise en place d’avantages pour ceux qui télétravaillent : prime d’équipement (jusqu’à plusieurs centaines d’euros dans certaines entreprises) pour acheter une chaise ergonomique, un bureau, un deuxième écran d’ordinateur, etc., voire des primes journalières. Et dans beaucoup de cas, rien pour ceux interdits de télétravail. D’où un sentiment amplifié d’injustice : ceux qui peuvent ne pas venir au bureau ont des horaires plus flexibles, réduisent leurs coûts de transport, et en plus ont des primes !

L’impact du télétravail sur la santé

Les esprits cyniques pourraient rétorquer que ces primes compensent la hausse du risque de problèmes de santé chez les télétravailleurs. En effet, le constat fait est que cette nouvelle forme de travail engendre un nombre non négligeable de risques de santé. Ne plus avoir à se déplacer pour aller travailler ou pour changer de salle de réunion, induit une sédentarité accrue, génératrice de surpoids, d’hypertension, de diabète, de phlébites (on parle même de e-phlébites). Selon l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), marcher 30 minutes par jour, 5 jours par semaine, réduit de 19 % le risque de maladie coronarienne. En revanche, rester assis plus de 10 heures par jour, augmente la mortalité de 34 % ! De plus, la part de décès, toutes causes confondues, imputables à une station assise plus de 3 heures par jour est de 3.8 %. A cela s’ajoute l’accroissement des cas d’anxiété et de dépressions chez les télétravailleurs, plus marqués chez les managers et les plus jeunes, entre autres, par manque de lien social, ou de manque d’espace pour travailler convenablement.

Enfin, le risque d’accidents graves ou de décès dus aux accidents domestiques ne peut pas être négligé, puisque travailler chez soi les fait entrer dans l’univers du travail. 61 % des accidents de la vie courante sont des accidents domestiques et représentent près de 4 700 morts par an pour la tranche d’âge de 17-64 ans, plusieurs centaines de milliers de recours aux urgences, et plusieurs dizaines de milliers d’hospitalisations (chiffres d’avant la crise Covid et donc de la mise en place du télétravail massif) ! Autant de risques pour les collaborateurs, mais aussi pour les entreprises, car tous ces accidents seront analysés (par les assurances notamment) afin de déterminer s’ils sont qualifiables d’accidents du travail. 

L’impact du télétravail sur la sûreté et la confidentialité

Travailler chez soi comporte aussi des risques de sûreté et de confidentialité. Se connecter à distance aux serveurs de l’entreprise, imprimer sur son imprimante personnelle dont les pilotes n’ont pas forcément été mis à jour, etc., sont autant de fragilisations de la chaîne informatique qui permettent aux cyberattaques d’être plus efficaces. Une étude réalisée en avril 2021 par Forrester Consulting pour Tenable révèle ainsi que 65 % des entreprises françaises interrogées ont connu une cyberattaque ciblant les télétravailleurs, avec des répercussions sur leur activité.

De plus, la confidentialité des sujets traités peut plus aisément être corrompue à domicile : des papiers qui traînent au vu et au su de tous ceux qui vivent là, ou y passent, comme la femme de ménage ou la nounou ou le baby-sitter, par exemple. Sans oublier ses propres enfants qui peuvent capter des informations et les partager à l’extérieur sans penser à mal, juste en discutant avec leurs amis de classe par exemple. Mais cette dynamique donne l’occasion à une information confidentielle de pouvoir plus facilement se diffuser.

L’impact du télétravail sur l’empreinte carbone

Enfin, si d’aucuns ont avancé qu’un des avantages du télétravail était de réduire la pollution, et donc l’empreinte carbone, il semble que cela ne soit pas si net que cela. Selon, l’Ademe, trois jours de télétravail par semaine permettraient de réduire de 58 % les particules fines liées aux déplacements (-271 kg edCO2 [équivalent carbone] par an). Cette diminution due aux transports domicile-travail tend à faire penser que l’empreinte carbone du télétravail est positive. Mais des études menées (entre autres par l’Ademe) montrent que cela est loin d’être aussi évident, surtout en période hivernale. En effet, rester chez soi par temps froid nécessite de chauffer son domicile bien plus que lorsqu’on se rend chaque jour dans les locaux de son entreprise. Sans parler de sa consommation électrique qui augmente fortement (éclairages, ordinateurs, appareils électroménagers pour la cuisine…). D’après plusieurs études européennes, la consommation d’énergie quotidienne du logement augmente donc de 10 % avec le télétravail. Ce qui se répercute dans les dépenses des ménages. Et en cette période d’explosion des coûts de l’énergie, la facture pèsera. Dans le cadre d’un télétravail à 100 % des équipes, les entreprises peuvent réduire leurs chauffages. Mais dès lors que des équipes sont présentes, l’économie est bien moins réelle.

De plus, ne plus se rendre au travail ne signifie pas ne plus prendre sa voiture. Le nombre d’autres déplacements a ainsi fortement augmenté : faire des courses, emmener les enfants au sport ou à l’école, etc. Et pour certains, cette nouvelle forme de travail a permis de déménager et d’aller s’installer plus loin, induisant un trajet domicile-travail plus long. Sans parler de ceux qui ont aménagé leur temps de travail pour pouvoir travailler régulièrement dans leur maison de campagne, et s’y rendent en voiture chaque semaine.

Enfin, le télétravail a fait exploser l’utilisation de la visio-conférence. Or, une heure de visio correspond à 60 g edCO2, selon l’Ademe. Si l’on considère 3-4 heures de visio quotidiennes, le poids annuel individuel est alors d’environ 45 kg edCO2. Loin d’être négligeable.

Conclusion

Tous ces éléments, dont la liste n’est peut-être pas exhaustive (l’avenir nous en révélera certainement d’autres), montrent que la mise en place du télétravail doit être faite de façon réfléchie, comme tout ce qui impacte de façon structurelle le fonctionnement de l’entreprise. Si les grands groupes ont pu mobiliser des équipes pour analyser tous ces aspects, cela est moins le cas au sein des autres types d’entreprises (ETI, PME, TPE).

Notre constat est que beaucoup de sociétés ont adopté le télétravail pour réduire leurs coûts (diminution des m² de bureaux) ou répondre à la “pression” des salariés, ou aux propres envies de l’équipe de direction ; et que, souvent, cette réflexion n’a pas été menée de façon approfondie. L’objectif de cet article n’est pas de démontrer que le télétravail est nocif, mais bien de permettre un éclairage sous un autre angle, afin d’appréhender ce sujet complexe dans sa globalité.

Après tout, n’est-ce pas le quotidien de notre métier ?

Xavier BAUDARD

Sources :

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