[Article] La réussite ne repose pas que sur l’intelligence : “grit, grinta, niaque, pêche!”

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Le 4 février 2020, contre toute attente la France bat l’Angleterre vice-championne du monde 24-17. « Agressifs en défense, hyper efficaces et lucides, les Bleus ont étouffé les Anglais à leur propre jeu ». Ils avaient la « grinta ».

C’est dans le football argentin, mi-italien mi-espagnol, que l’expression est née pour décrire la rage de vaincre, la hargne et une hardiesse proche de l’agressivité, qui caractérisent les joueurs sud-américains.

Où trouver ce supplément d’âme, et quel est son degré d’influence dans les succès individuels ou collectifs à long terme ?

Nous appréhendons son sens dans le monde sportif ou le dépassement de soi prend toute sa valeur mais comment le transmettre dans le monde des organisations et des entreprises ?

Pour donner aux dirigeants et à leurs équipes un coup d’avance, Lugh & Co s’attache à analyser tout le spectre des possibilités qui conduisent à l’excellence, notre conviction est qu’ « avoir la pêche » en est une.

Au commencement était le « GRIT »

L’origine de ma réflexion prend sa source dans la lecture d’un article sur « West point » l’académie militaire, école d‘exigence et de commandement dont tous les grands généraux américains sont issus depuis 1802.

Il révèle que sur les mille entrants, qui ont déjà suivi deux ans de préparation, 3% vont quitter l’école après un an. De la même façon, dans les promotions, certains vont connaître une réussite plus importante que leurs camarades à équivalence d’instruction et de sélection.

Pour essayer de comprendre ces mécanismes, Angela Duckworth et ses équipes se sont livrés à une étude sur dix ans, portant sur plus de 10 000 cadets dans le courant des années 90.

Angela Duckworth est neurobiologiste et diplômée en neuroscience passée par Harvard et Oxford. Suite à cette étude, elle a identifié le « Grit » comme un facteur différenciant déterminant dans les conditions de succès à long terme. Dans sa démonstration, on notera que ce facteur possède un niveau de corrélation faible avec les capacités intellectuelles (QI) ou les aptitudes physiques.

Sa définition du « Grit » est une combinaison de passion et de persévérance : « aptitude d’une personne à persévérer dans l’effort, combiné à la passion d’accomplir un objectif lointain, en dépit d’expériences incluant l’adversité et l’échec. »

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Naviguer sur « l’océan » du « Grit »

Ce comportement met en évidence que la résultante d’un effort dans le temps s’appuie pour partie sur la psychologie positive car la recherche de son atteinte est source constante de plaisir. Encore une fois, il est notable d’observer que cela n’est pas lié au niveau d’intelligence ou à des capacités physiques puisque ce qui est mis en avant c’est la qualité de la performance sur le long terme.

Pour être plus explicite, Angelina Duckworth définit, au cours de son étude, un « OCEAN » sur lequel une bonne navigation vers le « Grit » nécessite quatre composantes de personnalité :

  • Cultiver son Ouverture d’esprit, sa connaissance de soi, son sens esthétique, son imagination et sa créativité. On se montre inventif, curieux plutôt qu’obstiné et trop attentiste. Expressions clés : “j’ai d’excellentes idées”, “je comprends vite”, “je suis créatif”…
  • Être Consciencieux au sens de bien accomplir sa tâche. On privilégie l’efficacité et l’organisation au laisser- aller et à l’inconsistance. Expressions clés : “je suis toujours préparé”, “je fais attention au détail”, “je n’oublie jamais mes affaires”…
  • L’Extraversion comme marqueur de la jovialité et du plaisir du travail en groupe. On s’intègre au groupe plutôt que réservé ou solitaire. Expressions clés : “j’initie les contacts”, “je ne crains pas d’être le centre de l’attention”, “j’anime le groupe”…
  • Être Agréable, à savoir sympathique, chaleureux et coopératif. On cultive son empathie au lieu d’un côté froid et détaché. Expressions clés : “je marque de l’intérêt pour les autres”, “j’écoute avec attention”…
  • Éviter d’être envahi par la peur, l’angoisse ou l’anxiété génératrice de stress voire de névrose. On affiche sa confiance en soi et sa maturité sans laisser de place à la nervosité ou à une instabilité émotionnelle. Expressions clés : “je m’irrite facilement”, “je suis relaxé la plupart du temps”…

Au final, Angela Duckworth démontre que la meilleure capacité de survie à l’initiatique épreuve des « Beast barracks » pour les cadets intégrants « West Point » – six semaines que l’académie définit elle-même comme étant « la plus intense et émotionnelle partie du cursus » – n’est pas dépendante d’un QI plus élévé ni d’une force physique hors du commun mais bien d’ une capacité à surmonter cette première épreuve avec une volonté et une intensité de terminer dans les premiers à la fin des quatre années d’étude.

Courbe

(Source W. P study-A. Duckworth)

Avoir la « niaque » dans mon entreprise

En 2006, l’universitaire américain Salvatore Madi enseignant à Harvard poursuit les travaux d’A. Duckworth. Il montre qu’un dirigeant pour accomplir sa mission dans une continuité stratégique, tout en manifestant les qualités requises pour retourner des situations stressantes en opportunités, doit posséder courage, persévérance et motivation.

Ces aptitudes sont les conditions nécessaires à la performance.

Il ne s’agit pas alors d’isoler le « Grit » comme une ambition égoïste qui s’impose aux autres dont la conséquence sera la déstructuration de l’action mais bien d’une dimension individuelle au service d’objectifs personnels partagés avec une communauté d’intérêt.

C’est à partir de cette capacité d’adaptation aux obstacles et aux échecs qu’il est possible de développer des compétences qui vont assurer les futurs succès individuels et collectifs. Dans ces situations de stress, la mobilisation de toutes ces formes d’intelligence s’avère nécessaire pour créer les conditions d’un dépassement de soi.

En témoigne cette célèbre citation d’Edison : « je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas » ou le parcours artistique de Vanessa Paradis dont le début de carrière, à 15 ans, a été marqué par une critique envieuse, des jets de tomates etc. et qui n’a pourtant pas cédé. C’est en utilisant son intelligence situationnelle, qu’elle a pu élargir son champ de compétences. Stratégie qui s’est avérée payante dans l’atteinte de son but : être une chanteuse et une actrice reconnue.

Le cœur du réacteur

Dans l’entreprise, le dirigeant n’est pas le seul impliqué. Dans les mêmes conditions qu’une équipe sportive la motivation de la totalité des membres s’impose.

Pour que cette « niaque » collective soit efficace, l’universitaire définit trois comportements majeurs pour alimenter son réacteur :

  • Grit : pour challenger les hypothèses, trouver de nouvelles approches et surmonter les obstacles avec persévérance tout en suivant sa trajectoire
  • Grace : pour rester focus sur les connexions et les alignements tout en ayant une vision stratégique
  • Go : créer la dynamique de groupe vers un objectif commun

Développer un sentiment général d’utilité avec optimisme

La « niaque » tire une partie de son énergie du sentiment d’être utile. Pour l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise, cela nécessite la compréhension du sens de leur action afin qu’ils aient une bonne raison de se lever le matin.

Ce sentiment d’utilité n’est pas toujours à l’origine des choix de carrière mais il est présent à un degré plus ou moins élevé, ne serait-ce que dans le désir de concevoir sa propre dimension professionnelle autrement que sous son angle le plus étroit.

La motivation autour d’un projet commun avec une trajectoire définie devient ainsi une condition sine qua non du dépassement.

Dans ce contexte, Lugh & Co utilise un modèle de projection stratégique fondé sur les composantes d’un rêve réalisable transformé en futur désirable et l’autre, sur les motivations, avec une méthodologie (ACE) qui instruit tous les moteurs individuels et collectifs. En effet, on ne saurait comprendre la niaque sans concevoir l’égoïsme et l’altruisme comme résolument antinomiques.

Lorsqu’il est donné un sens partagé à l’ensemble des équipes, on observe que dirigeants et collaborateurs sont alignés parce qu’ayant positionné la somme de leurs intérêts personnel avec celui de leur entreprise. Il se construit alors une authentique dynamique de groupe qui fait que la collectivité s’en sort mieux que ceux qui ne privilégient que leurs intérêts individuels.

Ajoutons que, sans optimisme, la niaque se résumerait à une forme de névrose qui n’oserait pas dire son nom. Qu’est-ce qu’au bout du compte la pugnacité sinon la conviction que les efforts se révéleront payants, une conviction forte qui sublime les échecs pour les transformer en succès.

Essayer, c’est progresser

Le talent ne suffit pas, encore faut-il qu’il s’exprime, qu’il s’enrichisse. De ce point de vue la phrase de Woody Allen frappe par son évidence : “Quelqu’un qui a écrit une pièce de théâtre ou un roman a plus de chances de se faire publier ou représenter qu’une écrasante majorité de gens qui aimeraient devenir écrivains mais ne viennent pas au bout de leur roman ou de leur pièce”.

Il n’est pas sûr que cette surestimation du talent ne revienne à confondre prédispositions et compétences. Or, on naît avec ou sans talent, mais les compétences s’acquièrent en passant des heures et des heures à remettre son ouvrage sur le métier. Dans ce parcours difficile, le pragmatisme joue son rôle, « la niaque » n’a rien d’inné, elle se développe et s’entretient.

Conclusion

« Grit, grinta, niaque, avoir la pêche » est donc une question de posture mentale dans laquelle la part d’exemplarité et de conviction sont essentielles.

Il m’est arrivé, en tant que dirigeant, d’oublier de sourire en traversant les bureaux dans un moment très difficile pour l’entreprise, j’ai vite compris l’impact négatif que pouvait avoir cette absence.

Maintenir la pérennité de cette dynamique nécessite un fort engagement au quotidien du dirigeant et de ses équipes.

L’écoute, le rappel du sens, la motivation à la fois individuelle et collective, permettent au groupe de se sublimer face aux obstacles. A l’image d’une équipe de rugby, chaque match nécessite une mobilisation des énergies tendus vers la performance.

Montrer le chemin vers l’objectif est une contrainte de tous les instants, surtout sur une trajectoire par définition semée d’embûches. Apprendre de ses échecs est une nécessité pour y trouver des ressources supplémentaires. La cohérence de l’équipe passe par cet apprentissage et aucun des entraînements ne souffre de médiocrité ni de négligence car c’est cette exigence qui déterminera le parcours d’excellence du dirigeant et de son entreprise.

Charles Darwin partageait avec son cousin l’idée que “mis à part les imbéciles, les hommes diffèrent peu par leur intellect mais plus par leur ténacité et leur capacité de travail”.

A l’évidence « diriger est un art ».

Philippe SANTINI

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