Lugh & Co Réflexions | 15 mai 2020

[Article] Gestion de crise : la psychologie positive pour faire grandir votre management intermédiaire

Le voile du confinement se déchire peu à peu. L’espoir et l’enthousiasme commencent à transpirer. Vous êtes maintenant prêts à décider et à agir concrètement. Votre équipe managériale est-elle prête ? Comment vous assurer de son impact et de sa rapidité d’exécution ?

Le challenge du contexte actuel est d’éviter de retomber dans les habitudes et les réflexes d’hier. Sinon quel gâchis ! Avons-nous envie de retourner dans ce monde où survivent les « mauvais princes » selon Erasme ? Quels enseignements apportent les entreprises X10 de Collins & Hansen, ces entreprises qui sortent grandies des crises ou des temps incertains ?

La qualité et l’engagement de votre management intermédiaire va faire la différence. 

Jamais il n’aura été aussi important qu’aujourd’hui. Vous allez devoir transcender ou remplacer les managers qui n’arrivent pas à vous suivre. Vous allez devoir prendre des décisions parfois pénibles et déstabilisantes. La clé de votre réussite de sortie de crise se joue maintenant. 

Voici quelques clés de lecture pour vos décisions et actions des semaines à venir.

La vérité du moment a plusieurs visages

C’est le moment de réfléchir sur la qualité et l’engagement de vos collaborateurs proches. Dans une période confuse, la vérité se déguise naturellement. Vous allez vous engager dans les « fierce conversations » chères à Susan Scott avec chacun de vos relais managériaux. Les meilleurs managers d’hier ne sont pas forcément ceux de demain. 

Pour prendre les bonnes décisions, ne soyez pas aveuglés par vos propres habitudes et vos propres biais ; prenez du recul et décodez précisément la vérité de la situation actuelle. L’équation de la vérité est simple : des faits, un contexte compris, une interprétation humaine décodée. Une seule variable vous manque et la vérité vous échappe. La décision qui en résulte vous handicape.

Le contexte a changé, vos exigences doivent changer. De ces évaluations managériales va dépendre la confiance de vos collaborateurs.

Ne pas rater le rendez-vous de la confiance

La confiance ne se décrète pas, elle se cultive. En tant que dirigeant vous détenez toutes les clés : votre comportement exemplaire (communication et actions), votre choix des managers intermédiaires, et les exigences que vous leur imposez. Soyez au rendez-vous.

Dans le foisonnement d’études sur la confiance en entreprise, reprenons 4 éléments incontournables pour créer un environnement de confiance :

  • L’entreprise est perçue en interne comme investissant sur un management de proximité irréprochable
  • Ce management intermédiaire suscite une confiance dans la trajectoire de l’entreprise en sachant se mettre au service du collectif : faire réussir l’entreprise (générer du cash et mettre les collaborateurs en configuration de réussite) étant toujours plus important que d’avoir raison.
  • L’entreprise développe une culture qui permet à la voix des collaborateurs d’être entendue, au-delà de la seule écoute de l’interprétation qui en est faite par les managers
  • Le management encourage la confiance en soi et la prise de risques pour tous les collaborateurs dans un climat social serein, juste, et propice à la collaboration

Dans ce contexte, les managers intermédiaires remplissent efficacement leur rôle utile si :

  • Ils se comportent en simplificateurs et catalyseurs de la mise en place rapide des décisions
  • Ils sont des vecteurs d’épanouissement et de développement des collaborateurs
  • Ils favorisent l’incubation des idées nouvelles
  • Ils se comportent en observateurs acérés du marché et des expériences clients

Aider vos managers à progresser vite est un objectif prioritaire. Plus facile à atteindre sur des aspects de « techniques managériales » ; plus compliqué et chronophage sur l’engagement et les attitudes. Et vous n’avez pas beaucoup de temps devant vous !

Précis de psychologie positive

Dans cette évaluation et remise en cause de votre management au sens large, vous devez être irréprochable car « le poisson commence toujours par pourrir par la tête » et c’est à vous de prendre les premières décisions courageuses.

Dans ce contexte, les principes de psychologie positive de Martin Seligman résonnent naturellement :

  • Transmettre des émotions positives sur le présent et les possibilités futures. Sur le présent, partagez vos ressentis et observations avec sincérité mais sans ambiguïté. Soyez précis et ferme sur les attentes, tout en laissant un champ d’autonomie et d’initiatives assez large pour que vos équipes apprennent et progressent rapidement. Et sachez sanctionner les engagements non tenus, rapidement.
  • Trouver le bon équilibre entre privilégier les points forts de chacun et la motivation intrinsèque de l’entreprise. Vous devez vous appuyez sur les points forts de chacun de vos managers pour les aider à contourner leurs faiblesses, sans pénaliser l’entreprise. Dans votre accompagnement, corrigez les mauvaises postures ou les erreurs le plus rapidement possible ; l’ambiguïté n’est pas possible.
  • Être perçu comme une personne positive. Vous avez besoin d’insuffler enthousiasme et optimisme sans sombrer dans une utopie peu crédible ou une myopie destructrice de confiance. Ce qui vous impose de prendre les difficultés et les obstacles comme autant d’opportunités de progrès, mais également d’avoir une intensité opérationnelle et une passion de toujours faire « d’une pierre trois coups » à la place de deux !

Changer la culture du management

Votre entreprise doit se réinventer, votre comité de direction doit se mobiliser pour procurer l’énergie et la confiance dont chacun des collaborateurs a besoin.

Vos managers doivent se projeter positivement sur la trajectoire choisie, c’est leur obligation. Un peu comme les « envoyés » de Michel Serres : parcourir le monde (des clients), pénétrer des terres inconnues (concrétiser des business nouveaux), y rencontrer des passages (pour entraîner ses équipes) et des obstacles (pour démontrer leurs capacités à progresser).

Ne transigez pas avec vos principes : sans ego, questionnant à la Socrate (vérités, utilité, et bienveillance) pour sortir de la gravitation des certitudes dépassées ou de l’inertie ambiante. 

Patrick BUFFET