Lugh & Co Opinions | 7 août 2020

[Article – épisode #4] Gestion de crise : l’impact des biais cognitifs sur notre recherche de la performance

Tous les biais cognitifs nous permettent de :

Dans l’épisode précédent, nous avons abordé la façon dont les biais cognitifs – générés par notre cerveau – notre capacité à agir vite. Dans ce nouvel épisode, il s’agit maintenant de traiter de l’impact des biais cognitifs sur notre recherche de la performance.

Se souvenir du vécu pour enrichir sa base d’expériences et être plus performant

Comme évoqué au début, le cerveau, et notamment le Système 1, apprend de ses expériences, de façon à devenir au fil du temps de plus en plus performant. Mais comme il est aussi faillible, il a tendance à retenir parfois ce qui lui convient, comme il lui convient.

Forcément, en fonction des expériences, et de la façon dont elles ont été vécues, ce qui est retenu est différent d’une personne à une autre. Cette impression mémorielle dépend entre autres de l’implication (directe ou indirecte) que la personne a eu. Il a cependant été démontré que lorsque le cerveau sait que l’information vue/lue est aisée à retrouver, il la retient moins. C’est ainsi le cas avec ce que l’on trouve sur internet ; c’est l’effet Google, aussi appelé amnésie digitale. Le cerveau considère qu’il n’a pas besoin de surcharger sa mémoire, puisque le smartphone et le moteur de recherche apporteront l’aide nécessaire pour retrouver vite l’information. L’on retrouve bien là la paresse du Système 2 qui laisse agir son ami le Système 1.

Mais comme nous l’avons vu, ce dernier doit gérer une quantité d’informations à la seconde impressionnante. Les calculs des scientifiques estiment que le cerveau effectue environ 1 000 milliards de milliards d’opérations par seconde ! Autant dire que cela ne se fait pas sans quelques “approximations de calculs”. Dans son besoin de se faire une représentation du tout, meilleure façon pour lui d’appréhender son environnement, il distord les évènements et les éléments clés en fonction des nouvelles informations reçues, qui interfèrent avec les informations précédemment stockées, ce qui peut fausser le souvenir de l’événement d’origine. C’est l’effet de désinformation, qui s’est mis en œuvre de belle façon avec l’hydroxychloroquine et les publications du Lancet.

Et cette dynamique aboutit parfois à une distorsion mémorielle qui nous fait éditer et renforcer certains souvenirs après coup. Voire même en créer. Ce sont souvent de petits détails qui sont ajoutés, mais qui modifient la réalité passée. Ces faux souvenirs augmentent avec le temps pour un même événement passé, car le cerveau a besoin de reconstituer l’histoire dans son entièreté. Il doit donc combler ce qu’il a pu oublier. Intéressant ainsi de voir comment l’histoire des masques sanitaires en France est expliquée au fil du temps, et surtout réexpliquée.

Et toujours dans sa volonté de nous protéger et de libérer de la place mémoire, le cerveau diminue le souvenir d’éléments négatifs. C’est le biais d’atténuation. C’est lui qui fait oublier la douleur ressentie par exemple.

Les biais, un danger et une manne pour survivre

A voir tous les biais que nous transportons avec nous (et nous n’en avons évoqué qu’une petite partie, cf. le codex des biais cognitifs ci-dessous), on peut se demander si tout ce que nous faisons n’est pas erroné. Certes. Mais il faut retenir que ce sont justement toutes ces “astuces” trouvées par notre cerveau qui ont permis à l’être humain, en tant qu’espèce, d’être ce qu’il est aujourd’hui. Vouloir annihiler ces biais serait une erreur, si tant est que ce soit possible. Il peut, en revanche, être intéressant, voire important, de mieux les appréhender, d’apprendre à les connaître, de façon à comprendre comment nous réagissons à tel ou tel événement, ou comment nous prenons telle ou telle décision. Car ne pas en être conscient, c’est risquer de décider de façon dommageable pour soi, ou pour les autres.

Xavier Baudard