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Le Boléro de Ravel est devenu un succès quasi instantané dès les premières semaines après sa première présentation.
Derrière une simplicité redoutable, cette partition dévoile une forme de solidarité fondée sur l’expertise, la différence et la complémentarité de tous les instruments. Cette idée originale avec ses effets d’orchestration allait ravir l’auditoire ; et nous offrir aujourd’hui une source d’inspiration face à nos environnements plus mouvants, complexes et incertains.
Cette œuvre représente, selon moi, une visualisation musicale sagace de la mise en résonance de toutes les forces d’une entreprise.
- Communication authentique : chaque collaborateur (comme chaque musicien) s’exprime distinctement en confiance et harmonieusement avec le reste des équipes en concorde avec les différents rythmes de l’entreprise (ou de l’orchestre).
- Engagement de tous : derrière le travail de chaque expert professionnel (comme chaque soliste), les différentes équipes (groupes) et fonctions contribuent et restent toutes impliquées.
- Harmonie partagée : l’ensemble de l’entreprise (comme un orchestre) suit un mode opératoire simple, répétitif et d’un tempo redoutablement efficace.
- Growth mindset : les livrables se suivent, dans une amélioration et un crescendo continu, pour le plus grand plaisir de son auditoire.
Ma première rencontre avec le Boléro s’est faite au travers du travail de Claudio Abbado et de son orchestre, dans leur préparation pour une représentation et un enregistrement dans les années 70. Pierre Casse, alors professeur à l’IMD de Lausanne, s’était servi de cette répétition pour visualiser ce à quoi devrait idéalement ressembler l’esprit d’équipe d’une entreprise à succès. Magnifique intuition, pas de mot à rajouter à cette expérience pour saisir la dynamique de la résonance d’une entreprise et la force des individus au service d’un collectif.
En entreprise, comme dans le Boléro, chaque expert soliste pousse son art au maximum de ses possibilités ; avec une transmission harmonieuse aux experts solistes suivants, pour le plus grand plaisir des spectateurs ou auditeurs. Chaque groupe de collaborateurs, ou pupitres, joue une partition crescendo (de progrès et de croissance), en restant audible sans mettre en sourdine la coloration et l’originalité de chaque soliste.
Le résultat est une énergie collective sans gaspillage d’énergies. La structure collective vibre, et fait vibrer à l’unisson, sans nuire à l’audition de la moindre note de chaque instrument.
Quelles clés considérer dans l’œuvre du Boléro pour rendre ses équipes harmonieuses ?
Clé #1 – la création de valeur ajoutée
Le succès planétaire de cette mélodie simple vient de son originalité. Cette reconnaissance trouve ses racines dans une énergie collective en train de façonner une prestation harmonieuse et sortant des sentiers inutilement sophistiqués. Chaque famille d’instrument apportait une valeur ajoutée collective résultant du jeu orchestré de tous les solistes et pupitres de l’orchestre. Personne ne manque à l’appel pour créer une impression de plénitude pour son auditoire cible.
Clé #2 – l’excellence opérationnelle, issue d’une longue mélodie uniforme et répétitive
Cette clé, pour le Boléro, est une partition simple, ni ennuyeuse ni contraignante. Ses effets d’orchestration la rendent claire, précise, pertinente, collaborative et passionnelle. Une vraie culture de l’excellence, avec son rythme omniprésent, qui offre des transitions parfaites au service du collectif.
Cette magie musicale se transpose naturellement en entreprise. Les 8 notes de base d’une gamme majeure deviennent les 8 briques de pilotage des entreprises.
Clé #3 – l’esprit d’équipe, synonyme d’harmonie
L’homogénéité collective se nourrit de la richesse (27 instruments différents en concert) et de l’originalité de tous les membres de l’équipe orchestrale. Sa pertinence trouve sa source, à la fois, dans la qualité d’interprétation de chaque soliste comme dans celle d’un accompagnement complémentaire discret, imperturbable, jusqu’à l’explosion du succès collectif.
Plusieurs années après, j’ai découvert une autre force artistique à ce Boléro qui finalement m’a révélé la sagacité intemporelle de Ravel. Ma seconde rencontre s’est produite dans la maison de Maurice Béjart.
Au départ du projet de Ravel, l’idée de la commande de cette musique venait d’une danseuse renommée. Ce n’était pas la première fois qu’une chorégraphie de ballet était écrite sur cette musique. Mais aucune chorégraphie n’avait laissé de souvenir impérissable.
Ce que Maurice Béjart avait concocté était en totale symbiose avec l’écriture de Maurice Ravel : une innovation chorégraphique associant des danseurs solistes et un collectif plein d’énergie dans une explosion de couleur. Béjart apportait un autre éblouissement qui tournait autour d’une innovation et d’une fluidité du Boléro.
Clé #4 – l’innovation pour réinventer les codes
Maurice Béjart est légitimement perçu comme un des meilleurs représentants de la transmission idéale d’une grammaire classique vers un univers résolument moderne.
Beaucoup de chorégraphes modernes savaient casser les codes, peu comme Béjart, Preljocaj, Bausch, Cunningham… savaient faire exploser les codes des théories classiques sans les renier. Cette sortie des routines et des habitudes potentiellement mortifères donne une énergie et une jeunesse pimpante à ce Boléro. Tout ce dont les entreprises ont besoin dans le monde d’aujourd’hui.
Une grande piste de danse en forme de table ronde était le fil conducteur de la chorégraphie. Servant, tour à tour, d’estrade pour certains danseurs ou d’appui pour l’ensemble de la troupe. Chacun prenant la parole – ou plutôt le geste – entouré de tous. Chaque intervenant n’hésitant pas à contredire le vocabulaire du précédent. Suivait, à la fin, une explosion collective où toute la troupe de ballet s’appropriait l’espace en formant une nouvelle Table Ronde.
Après que chacun ait pu exprimer sa différence et ses contradictions, le final était d’une collégialité harmonieuse qui soudait l’ensemble.
Clé #5 – une fluidité sans égal dopée par la simplicité apparente de l’œuvre jouée et dansée
Steve Jobs aimait enseigner la simplicité dans le monde des produits mais aussi des affaires. En même temps il rappelait qu’une simplicité réussie – qui allie harmonie et efficacité – est une tâche très compliquée à réaliser.
Le ballet de l’Ecole Béjart visualisait parfaitement l’harmonie et l’efficacité d’une simplicité réussie. Une gestuelle de danse et des effets d’orchestration fluides et séduisants.
Le Boléro de Ravel éblouit les sens par sa mise en résonance de toutes les familles d’instruments d’un orchestre symphonique, au service d’une partition collective impliquant tous les musiciens de l’équipe. Une magnifique réussite.
Comment s’en inspirer pour donner force, vigueur et réussite des équipes dans les entreprises ?
A nous de jouer !



