Pinceaux et palette

Le Bateau-Lavoir : un lieu d’intelligence collective

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Notre approche chez Lugh & Co est soutenue par la conviction que « Diriger est un art », ce qui se traduit par la nécessité de posséder une maîtrise technique, condition sine qua none de la projection de sa propre vision du monde.

A l’instar d’un artiste, créateur ou interprète, le dirigeant doit acquérir un socle de techniques managériales pour imprimer son leadership à son organisation. Toutefois, il ne peut le développer seul mais se doit de l’enrichir d’expériences, de challenges et de convictions fondés sur l’intelligence collective.

A titre d’exemple, le regroupement informel d’artistes multidisciplinaires autour du Bateau-Lavoir en est une illustration très pertinente puisqu’il va donner naissance à une nouvelle vision artistique : le cubisme.    

Le Bateau-Lavoir : un lieu de bouillonnement intellectuel

Niché sur une place discrète au 13 rue de Ravignan à Montmartre, le Bateau-Lavoir, un assemblage hétéroclite de poutres, de planches et de verrières, défiait les normes architecturales. Pourtant, derrière son aspect frêle, cet ensemble d’ateliers vétustes et obscurs s’est inscrit à jamais dans l’histoire de l’art moderne.

Dès 1904, le Bateau-Lavoir devint un véritable havre de créativité, attirant une pléiade d’artistes hors du commun. Picasso, Van Dongen, Juan Gris, Constantin Brancusi, Pascin, Modigliani, Severini, Pierre Mac Orlan, Reverdy et Max Jacob élurent domicile dans ses murs, insufflant au vieux bâtiment une effervescence artistique sans pareille qui dura jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Ce sanctuaire de l’avant-garde ne se limitait pas aux peintres. Des poètes et des écrivains de renom tels que Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Jean Cocteau, Raymond Radiguet et André Salmon, ainsi que Gertrude Stein et son frère Léo, fréquentaient assidûment les lieux. Comédiens, à l’instar de Charles Dullin et Harry Baur, mathématiciens comme Maurice Princet, et marchands d’art visionnaires tels qu’Ambroise Vollard et Daniel-Henry Kahnweiler gravitaient également autour de ce pôle créatif bouillonnant.

Le Bateau-Lavoir était plus qu’un simple lieu de résidence. Il représentait une véritable communauté d’esprits libres, unis par leur passion pour l’art et leur volonté de repousser les frontières de l’expression artistique.    

Il fut le théâtre d’une « exaltation juvénile » et d’une « allégresse victorieuse », comme le décrit Daniel-Henry Kahnweiler, marchand d’art et proche des artistes du Bateau-Lavoir.

C’est dans ce bouillonnement créatif que Picasso, ayant délaissé les sombres tonalités bleues de sa période bleue, s’inspira du monde du cirque pour réaliser ses œuvres de la période rose. C’est également là qu’il entama, au printemps 1907, « Les Demoiselles d’Avignon » (Museum of Modern Art, New York), une œuvre qui allait marquer un tournant radical dans l’histoire de l’art.

La toile fut présentée à Georges Braque par Guillaume Apollinaire, ami des deux artistes. Après un premier moment de stupéfaction, Braque, qui habitait rue Lamarck, se rendait chaque jour au Bateau-Lavoir, captivé par l’œuvre de Picasso. Inspiré par cette nouvelle approche picturale, Braque s’engagea, lui aussi, dans un processus de création qui, en parallèle de celui de Picasso, allait donner naissance au cubisme.

Le cubisme, avec son aspect résolument expérimental, s’imposa comme le mouvement artistique le plus radical du premier quart du XXe siècle.    

Considéré comme le point de départ de tous les courants abstraits de l’art moderne, il eut une influence profonde sur l’architecture, le design et l’esthétique industrielle du XXe siècle. Ses liens avec la littérature et la musique sont également indéniables. En ce sens, le cubisme peut être vu comme un mouvement intellectuel global, intégrant toutes les formes de création artistique sous l’égide des beaux-arts.

Le Bateau-Lavoir, par son esprit d’avant-garde et son effervescence collective créative, fut ainsi le berceau de cette révolution artistique majeure qui bouleversa les codes établis et ouvrit ainsi la voie à une multitude de mouvements artistiques novateurs.

L’intelligence collective : un sujet d’actualité fascinant pour l’entreprise

Selon la même démarche que celle du collectif du Bateau-Lavoir, l’intelligence collective (IC) est un concept en plein essor qui suscite un intérêt croissant dans divers domaines, de la sociologie à l’informatique en passant par le management. Elle désigne la capacité d’un groupe d’individus à résoudre des problèmes de manière plus efficace que s’ils travaillaient seuls.

En d’autres termes, l’intelligence collective met en lumière le fait que le tout est supérieur à la somme des parties. En effet, lorsqu’un groupe d’individus aux compétences et aux perspectives diverses collabore avec efficacité, il peut générer des solutions innovantes et ingénieuses qu’aucun individu n’aurait pu concevoir seul.

Plusieurs principes fondamentaux sous-tendent l’intelligence collective :

  • La diversité des points de vue : un groupe composé d’individus aux expériences et aux expertises variées est plus à même d’envisager un problème sous différents angles et d’identifier des solutions originales.
  • La communication ouverte : le partage d’informations et d’idées est crucial pour favoriser la synergie et l’apprentissage collectif.
  • La collaboration : la réussite de l’intelligence collective repose sur la capacité des individus à travailler ensemble de manière constructive, en respectant les contributions de chacun.
  • La confiance mutuelle : un climat de confiance permet aux individus de prendre des risques, de proposer des idées audacieuses et de s’engager pleinement dans le processus collectif.
  • La créativité : l’intelligence collective stimule la pensée créative en encourageant l’exploration de nouvelles pistes et la remise en question des idées reçues.

La symbolique expérience du Bateau-Lavoir est une démonstration de la capacité que possède un groupe multidisciplinaire de créer une nouvelle vision artistique.

Fruit de cette intelligence collective, elle montre la voie pour que les organisations puissent s’épanouir en s’enrichissant.

Car ses domaines d’application sont vastes et ne cessent de se développer. On la retrouve dans :

  • Le management des entreprises : l’intelligence collective permet aux entreprises de mobiliser l’intelligence de leurs collaborateurs pour améliorer l’innovation, la prise de décision et la résolution de problèmes.
  • Le développement de logiciels : des méthodes comme le « pair programming » et le « design Thinking » s’appuient sur l’intelligence collective pour créer des logiciels plus performants et répondant mieux aux besoins des utilisateurs.
  • La recherche scientifique : la collaboration entre chercheurs de différentes disciplines favorise la découverte de nouvelles connaissances et la résolution de problèmes complexes.
  • La gouvernance participative : l’intelligence collective permet aux citoyens de s’impliquer davantage dans la prise de décision collective et de contribuer à l’élaboration de politiques publiques plus justes et efficaces.

L’intelligence collective constitue un atout pour l’avenir car, dans un monde de plus en plus complexe et interconnecté, elle apparaît comme un outil précieux pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés. En favorisant la collaboration, la créativité et l’innovation, elle peut nous permettre de construire un avenir plus durable, plus juste et plus prospère pour tous.    

Philippe Santini

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