Lugh & Co Opinions | 6 juillet 2020

[Article – épisode #2] Le comportement de James Bond dans l’action et sa gestion de la concurrence : quelles inspirations pour le dirigeant ?

Dans le premier épisode, nous nous sommes intéressés à la relation de James Bond avec son équipe. Analysons maintenant son comportement dans l’action et celui de ses ennemis.

Pour davantage apprécier l’analyse exposée dans cet article, découvrez ce glossaire sur la saga Bond

L’une des caractéristiques de l’agent 007 est sa palette de gadgets fournis par les services de Q [1]. En particulier, ses véhicules – la fameuse Aston Martin DB5 – avec sa première apparition dans Goldfinger, la Lotus Esprit dans Rien que pour vos yeux [2] ou encore la BMW 750iL dans Demain ne meurt jamais [3], sans compter les différents modèles de montres équipées de champs magnétiques et lasers.

L’agent Bond a surtout le réflexe de saisir les opportunités en innovant et en sortant du cadre sans pour autant rejeter les méthodes classiques. Tout cela, en restant concentré sur son objectif.

Le comportement dans l’action

Saisir les opportunités…

Il parvient ainsi à se jouer des différentes situations en saisissant toutes les opportunités qui se présentent à lui pour surprendre ses adversaires, détourner leur attention, faire diversion, les neutraliser et les semer. L’important, pour lui, est d’agir vite avec agilité, en prenant l’initiative et en s’adaptant au contexte.

Cette approche se révèle dans ses poursuites (à voiture, en bateau ou en ski). Généralement, il ne connaît pas le terrain, mais il parvient à exploiter la géographie des lieux pour créer des obstacles à ses poursuivants et se protéger de leurs attaques ; il est alors en mode réflexe. Dans la poursuite en bateau dans Vivre et laisser mourir dans les bayous de Louisiane, il change régulièrement de cours d’eau et saute au-dessus d’un pont [4]. Dans la poursuite en camion à la fin de Permis de tuer, il utilise un remblai de la route pour mettre l’engin sur deux roues et esquiver le missile tiré par l’ennemi.

Il en est de même lors de ses combats à mains nues. Dans Skyfall, lors de son affrontement contre quatre hommes de mains au casino de Macao, son arme est une valise contenant 4 M€. Dans Rien que pour vos yeux, lors de l’escalade du monastère de Saint-Cyril, il tue son adversaire au lancer de piton.

Innover…

Pour James Bond, l’innovation est symbolisée par des gadgets, non limités à une seule fonction.

En situation d’approche et d’observation, il les utilise dans leur fonction principale. Par exemple, il se sert du pistolet-piton pour escalader le building de Willard White dans Les diamants sont éternels. Dans Meurs un autre jour, il utilise son Aston Martin Vanquish invisible pour approcher le QG de Gustav Graves.

Il en va de même dans une situation critique. Par exemple, dans Goldeneye, il utilise le laser de sa montre pour s’extraire du plancher du train blindé d’Alec Trevelyan. De même, dans Spectre, ligoté dans le fauteuil de dentiste et torturé par Blofeld, il utilise l’explosif de sa montre pour s’échapper.

Sortir du cadre… 

Mais, c’est en sortant du cadre et en se détachant des règles et des procédures que Bond parvient à s’extraire de situations périlleuses. Dans ce contexte, il ose des approches inattendues qui surprennent ses adversaires et détournent leur attention et font diversion.

Dans ce contexte, l’agent utilise les armes fournies par Q en les détournant de leur fonction initiale. Par exemple, dans Meurs un autre jour, il utilise le capot de la voiture d’hyper-vitesse pour surfer dans l’océan Arctique ou encore dans Tuer n’est pas jouer, c’est l’étui du violoncelle de Kara qui lui permet de dévaler une piste enneigée.

Sans rejeter les méthodes conventionnelles…

Sortir du cadre mais en n’excluant pas des méthodes qui ont su faire leurs preuves lorsque la situation le permet et est adaptée, surtout si elles conditionnent la poursuite de la mission.

Cette tendance semble se vérifier dans le cas des derniers films interprétés par Daniel Craig notamment dans Skyfall où, avec l’aide des deux seniors (M et Kincade), il élimine les hommes de mains de Silva en faisant appel à des méthodes conventionnelles (bâtons de dynamite, bonbonnes de gaz, fusil de chasse à canon scié) et parvient à le tuer par un lancer de couteau de chasse, face à un ennemi qui dispose d’un armement sophistiqué et en nombre très supérieur.

Dans ces films, l’agent est classé comme « hors-service », ce qui ne l’empêche pas de triompher face à une menace moderne et sophistiquée.

Dans l’action, James Bond cumule les approches innovantes et conventionnelles :

  • Dans Skyfall, il utilise, à la fois, sa parfaite connaissance du terrain, la surprise [5] pour tuer un maximum d’assaillants et également la technologie des réseaux pour attirer Silva au manoir.
  • Dans Goldfinger, il innove en tirant profit des fonctionnalités de la DB5, lors de la poursuite en forêt, le siège éjectable pour se débarrasser du garde sud-coréen, puis les mitraillettes pendant la poursuite dans le site ; mais il sort du cadre et électrocute Oddjob, en connectant le câble électrique sectionné précédemment au chapeau melon, au bord d‘acier, fiché entre deux barreaux métalliques.

Mais avant tout 007 possède surtout cette capacité à rester concentré sur l’objectif.

Rester focalisé sur l’objectif

Toutes les missions commencent par une recherche d’informations pour identifier l’ennemi et mieux l’appréhender. Cette phase occupe une partie importante des films, elle est même essentielle. Durant cette recherche, il collecte des informations dont le recoupement lui permettra de comprendre l’objectif et de découvrir les éléments pour le contrer et l’éliminer.

Dans Goldfinger, James Bond rentre en contact, au golf, avec Auric Goldfinger pour tenter de cerner cet homme puis, le suit à distance jusqu’en Suisse pour identifier ses contacts (coréens) et ses projets (l’Opération Grand Chelem). Une fois sa cible (Fort Knox) et ses vraies intentions identifiées, il comprend le péril de l’explosion nucléaire et du gaz mortel.

Dans Meurs un autre jour, il cherche à comprendre les motivations et l’organisation de Gustav Graves, il compare ses informations avec celles de Jinx qui a un regard différent sur le sujet.

Parfois, c’est lorsqu’il est fait prisonnier et avant sa mise à mort que Bond découvre les fins des bandits qu’il traque, avouées par eux-mêmes, pour satisfaire leur mégalomanie.

Hugo Drax, dans Moonraker, quand Bond et Dr. Goodhead sont sous le réacteur du moonraker n°5 avant son allumage ; lors du dîner avec le Dr. No, ce dernier ayant pensé le rallier dans le SPECTRE [6] ; Blofeld dans On ne vit que deux fois.

Mais, la progression de l’agent dans sa mission n’est pas conditionnée par sa compréhension du dessein de son adversaire. Une fois sa cible et son objectif identifiés, c’est son agilité qui lui permettra de parvenir à ses fins.

Dans la phase finale, l’objectif de l’agent reste toujours le même : la destruction des moyens de l’ennemi. Son action entière est concentrée sur ce point, parfois même en mettant sa propre vie en péril. De nombreuses scènes l’illustrent dans Goldfinger, Octopussy, Meurs un autre jour, On ne vit que deux fois ou encore L’espion qui m’aimait où l’engin explosif est désactivé à quelques secondes (souvent « 007 ») de l’explosion.

Dans la concurrence entre entreprises, l’objectif de l’ennemi est souvent connu, ce sont les produits en développement et la tarification qui sont souvent inconnus et qui doivent être anticipés. James Bond nous rappelle que nous ne sommes jamais seuls sur un marché et que la concurrence n’a pas que des bonnes intentions et des méthodes traditionnelles.

L’ennemi

Une organisation structurée, efficace et orientée objectif

Ses ennemis dirigent une organisation de taille conséquente, aux méthodes remarquables et efficaces, composée de collaborateurs engagés et disposent d’un équipement, à la fois, moderne et sophistiqué. Ils exercent dans des secteurs variés comme l’espace (Hugo Drax), la production de semi-conducteurs (Max Zorin) ou encore les réseaux numériques d’informations (Ernst Stavro Blofeld).

Malgré cela, il échoue

L’ennemi est souvent atteint de mégalomanie.

Le Ernst Stavro Blofeld de Au service secret de Sa Majesté exige sa reconnaissance comme « Comte Balthazar de Bleuchamp » [7] .

Convaincu de sa supériorité, dès sa première rencontre avec Bond, la posture du « méchant » est dominante. Il refuse, très souvent, de le saluer (ex : Karl Stromberg, Hugo Drax). Parfois, ce premier contact se traduit par un « combat » avec Bond (ex : Auric Goldfinger au golf, Gustav Graves au cercle d’escrime) et sa défaite va donner lieu à une rancœur qui va provoquer une obsession subjective à éliminer 007.

L’accueil dans la station spatiale des équipages des moonrakers par Drax est un modèle de mégalo qui veut créer une nouvelle humanité parfaite, comme Stromberg avec une nouvelle civilisation sous-marine (L’espion qui m’aimait). La description par Carver de la puissance de son groupe de médias qui domine le monde par l’information, jusqu’à parfois la créer, est aussi digne d’anthologie (Demain ne meurt jamais).

Convaincu de l’efficacité de son organisation, il ne prête pas attention aux détails.

Le « Comte Balthazar de Bleuchamp » est bien trop occupé à chercher à séduire Tracy au sommet du Piz Gloria pour en faire « sa » comtesse [8] pour prêter une réelle attention au survol du site par des hélicoptères soi-disant de la Croix-Rouge.

Dans Spectre, Blofeld est trop impatient de faire souffrir James avec ses mini-perceuses de dentiste et les révélations à Madelaine Swann sur la mort de son père, Mr White, pour penser à lui retirer sa montre.

Cependant, le méchant a, quand même, le réflexe d’un plan B. Il prévoit, souvent, une sortie de secours (Blofeld au QG de Spectre au Maroc, au Piz Gloria, Stromberg et Drax dans leurs stations sous-marine et spatiale), qu’il n’arrive pas toujours à utiliser à son bénéfice, James l’ayant éliminé avant, mais qui peut, en revanche, servir à 007 à s’extraire du QG en feu.

Et il délègue une tâche capitale : l’élimination de James Bond.

Carver confie celle-ci au Docteur Kaufman puis à Stamper, son homme de main psychopathe (Demain ne meurt jamais) ; Goldfinger à Oddjob ; Graves à Zao (Meurs un autre jour).

Tous ces collaborateurs sont compétents, a priori, aptes à réussir, mais cet enjeu vital devrait être dirigé/réalisé directement par « le patron ».

De plus, il a une attention limitée aux attentes de ses collaborateurs [9], parfois, il ne les respecte pas et n’hésite pas à les sacrifier ; c’est dans ce contexte, qu’ils apportent leur aide à James Bond.

May Day, quand Zorin la laisse dans le tunnel inondé avec la bombe amorcée, décide de se sacrifier en restant sur le chariot qui la transporte, pour libérer le frein et permettre l’explosion à l’extérieur et faire échouer son plan d’inondation de la Silicon Valley – « je pensais qu’il m’aimait… » – (Dangereusement vôtre).

Tric-Trac[10] aide James Bond à tuer Scaramanga dans la salle des miroirs (L’homme au pistolet d’or).

Dans le prochain article, une nouvelle source d’inspiration sera abordée : le rapport à l’humain de James Bond.

Laurent FONNET

Pour consulter l’article original, cliquez ici 

Notes explicatives

[1] Chef de la section Q, R&D du MI6 ; dans les derniers opus avec Daniel Craig, il est présenté comme un geek

[2] amphibie, lanceuse de missiles et de mines sous-marine. Le James Bond de Roger Moore ne pilotera jamais la DB5 car l’acteur l’avait exigé de la production pour se démarquer de Sean Connery

[3] Télécommandée avec un smartphone

[4] Il pratique régulièrement les sauts au-dessus d’obstacles dans ces poursuites, en exploitant toute configuration susceptible de lui servir de tremplin.

[5] Mitraillettes de la DB5

[6] Service Pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l‘Extorsion – Special Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion

[7] Blofeld en français, selon lui

[8] Elle lui rappelle « qu’elle l’est déjà ! » pour le provoquer

[9] Cf. § sur les attentes des collaborateurs

[10] Hervé Villechaize