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Le meilleur moyen de prévoir le futur est de l’inventer.
Par temps de crise ou de doutes, voici une citation qui résonne, tout d’abord, pour ses implications positives en termes de leadership. Son intemporalité nous interpelle aussi, puisqu’on l’attribue à des personnes différentes, depuis le début du XIXème siècle.
Théodore Hook, un écrivain anglais contemporain d’une révolution industrielle naissante, en aurait eu la paternité. Il aurait été connu pour ses boutades acerbes à l’intention des têtes pensantes londoniennes sceptiques, qui n’adhéraient pas aux changements économiques et sociétaux en marche. Si cela nous rappelle la révolution naissante d’une Intelligence Artificielle, ce n’est pas une coïncidence.
A peu près un demi-siècle plus tard, Abraham Lincoln aurait lancé cette phrase pendant la guerre de sécession. La rumeur dit qu’il était alors exaspéré devant le manque d’enthousiasme et d’énergie de ses conseillers, empêtrés dans les soucis du quotidien de la guerre, alors qu’il essayait d’imaginer ce que seraient des États-Unis d’Amérique sans esclavagisme. Visionnaire dans les moments difficiles, un pionnier.
Plus récemment, Peter Drucker – expert du management du XXe siècle – se serait emparé de cette maxime. Son intention aurait été de stimuler un changement d’attitude managériale qu’il jugeait nécessaire. Un diagnostic qu’il avait construit pendant ses premières années passées dans les grands groupes américains de l’automobile. Rejet de l’arrogance et attention aux signaux faibles devaient permettre aux dirigeants d’ouvrir leurs perceptions et leur curiosité pour mieux anticiper le futur, pour trouver la martingale d’une croissance possible. Étonnant précurseur.
La pertinence actuelle de cette citation dépasse le cadre des économies, des sociétés, des Etats, des entreprises. Créer un futur désirable est un besoin sociétal dont les entreprises les plus attractives commencent à mieux maîtriser. Alors, je terminerai avec Edgar Morin – témoin sagace de notre siècle – qui milite pour le besoin de cette agilité intellectuelle dans les étapes moroses ou chahutées de la vie, pas seulement celle des entreprises. Le futur est forcément inconnu, improbable. Il est toujours le résultat d’une série d’activités de création inimaginables.
D’une manière générale, nous préférons prendre des décisions incrémentales sur la base de notre observation et de notre interprétation d’hier et d’aujourd’hui ; car demain semble trop incertain. Alors, pourquoi rêver et inventer un futur quand la plus grande incertitude demeure sur l’environnement à moins de trois mois ?
Ce tropisme du court terme est un biais cognitif naturel comme le montre l’avancée de nos connaissances du fonctionnement de notre cerveau.
Entre deux solutions proches, ce biais du court-terme fait que la décision prise est très souvent l’équivalent d’un tirage au sort avec une pondération qui donne un maximum de poids aux habitudes en place. Force est de constater que sans vision, sans trajectoire et sans jalons d’ancrage, les erreurs de recrutement ou les programmes structurants qui tardent à se mettre en place et à porter leurs fruits s’exposent au grand jour. Éviter ce biais du court-terme, c’est se prémunir contre les décisions sous-optimales, les gaspillages d’énergies, les surprises concurrentielles, et saisir les opportunités avant d’autres acteurs moins vertueux.
C’est un peu ce que devait faire Théodore Hook avec les têtes pensantes trop ancrées dans leurs habitudes. Ceci explique probablement la frustration d’Abraham Lincoln qui pensait à l’après-guerre pour mieux la conduire. Je suppose que Peter Drucker sentait des formes d’immobilisme alimentées par le succès court-terme. L’invasion automobile japonaise était en route et préconfigurait potentiellement d’autres scénarios similaires dans les véhicules électriques. Et toute la bienveillance d’Edgar Morin nous incite à nous projeter dans la création collective d’un futur désiré construit sur nos racines et nos envies.
L’alternative de prudence et de rationalité existe. Avec le recul des expériences, elle ressemble souvent à une forme d’endormissement et une tendance au suivisme pour éviter un inconnu qui nous fait peur.
L’incertitude d’un futur désirable – surtout s’il est construit en équipe – est beaucoup plus riche et porteur que toutes les fausses certitudes. Devant un champ de possibilités qui s’élargit et qui s’accélère, nous n’avons rien à gagner en nous jetant irrésolument dans le vide d’idées ou en nous retranchant dans une pensée incrémentale frileuse.
N’attendons pas anxieusement les résultats d’une loterie hautement incertaine, prenons du plaisir à défricher de nouvelles possibilités.
La conviction, que cette citation intemporelle m’incite à partager, est la suivante : seule la clarté de nos intentions et de nos envies peut éclairer le futur. Et ce, sans extravagances mais avec passion, avec une trajectoire visualisée pour mieux écouter et anticiper les signaux faibles. C’est tout ce qui fait la différence entre les entreprises qui accélèrent et celles qui stagnent. La faisabilité de cette trajectoire ambitieuse sera d’autant plus grande que ce futur est construit collectivement sur les bases de l’ADN de l’entreprise et des valeurs incarnées par vos équipes ; dans un état d’esprit de progrès et de leadership respectueux.
Nous pouvons tous être le prochain « dépositaire » de cette citation qui illustre cette envie viscérale de réussir autrement.



