La Pierre, le Mur et le Pont : le choix du dirigeant à l’ère des incertitudes

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Coluche nous a laissé un héritage de saillies verbales dont la puissance n’a pas faibli. L’une d’elles résonne particulièrement avec le parcours du leader d’aujourd’hui :

« La vie mettra des pierres sur ta route. À toi de décider d’en faire des murs ou des ponts. »

1/ Le tsunami et les murs : la tentation de l’isolement

Notre époque est celle d’un tsunami permanent : une vague d’innovations technologiques (IA, quantique…), des tensions géopolitiques imprévisibles, et une pression économique constante. Dans ce contexte, l’anxiété n’est pas seulement personnelle, elle est systémique.

Le monde professionnel est en première ligne : les entreprises font face à des marges sous tension, des chaînes d’approvisionnement fragiles et une exigence de rentabilité à tout prix. Sans parler du moral des collaborateurs qui continuent de s’éroder lentement.

Face à ces « pierres » incessantes qu’il reçoit, la tentation la plus immédiate pour le dirigeant est de construire son propre mur, une carapace de protection :

  • Le mur de la fausse sérénité : c’est le dirigeant en mode « command and control » qui, par peur de montrer ses doutes, affiche une assurance inébranlable. Il construit un mur entre lui et ses équipes, étouffant l’intelligence collective, refusant la contradiction, par peur d’apparaître faillible ou faible.
    • Exemple concret : un dirigeant, à sa prise de poste, dans une volonté de bien maîtriser son périmètre, décida de tout plutôt que de s’appuyer sur ses N-1. Ces derniers, habitués par son prédécesseur à être autonomes et en interaction constructive avec lui, n’apprécièrent pas le changement imposé de façon de faire. Ils levèrent le pied, et tels des enfants en bas âge, regardèrent leur nouveau manager se noyer sous la charge de travail, et partir en burn out. Ce dirigeant reconnut plusieurs années plus tard avoir fait une terrible erreur.
  • Le mur de l’Égo et de l’autosatisfaction : ce mur est un mélange d’orgueil et d’isolement. Le dirigeant s’enferme dans son succès passé, écartant toute voix discordante. Sûr de lui, il avance comme il l’a toujours fait. Il trace sa route… et s’isole derrière son mur, ne voyant plus que sa martingale de succès perd chaque jour en acuité, et le mène à sa perte.
    • Exemples concrets : le CEO d’une start-up à croissance rapide qui attribue tout le succès à sa seule vision, ignorant les alertes du marché émises par son équipe R&D ou commerciale. Le mur le rend sourd aux signaux faibles et met l’entreprise en danger d’obsolescence. 
    • Ou encore ce dirigeant d’une grande entreprise, nouvellement nommé après avoir fait toute sa carrière dans un même groupe du CAC 40, et qui explique à tous que leurs standards ne sont pas au niveau, tout en faisant venir les cabinets de conseil les uns après les autres.

2/ Le dirigeant leader : bâtisseur de ponts par essence

La fonction même du dirigeant-leader n’est-elle pas d’être un bâtisseur de ponts ?

Le leader n’est pas celui qui a réponse à tout, mais celui qui crée les connexions nécessaires pour que la solution émerge. Il transforme les « pierres » (obstacles, doutes, critiques) en piliers de résilience collective.

Il rayonne sur l’ensemble de son organisation. Il ne se contente pas de gérer son premier cercle, il tisse des liens entre les départements, les générations, et l’entreprise et son écosystème.Alors, comment transformer ces pierres en ponts solides et durables ? Le modèle de leadership Aragorn – inspiré de l’archétype du leader inspirant – offre six dimensions fondamentales pour passer de l’excellent à l’extraordinaire :

Dimension de LeadershipL’Art de Bâtir un PontIllustration
(Exemple d’action)
S’exposer avec SérénitéDécideur ConvaincantOuvrir le débat sur les défis majeurs. Admettre un doute stratégique, tout en proposant une voie à explorer. 
Montrer une Direction et un CheminStratège EnthousiasteTraduire la stratégie en récits inspirants et concrets pour chaque équipe, donnant du sens au quotidien.
Imprimer le Bon RythmeOrganisateur Maître du JeuProtéger le temps des équipes. Éviter les réunions inutiles et les priorités fluctuantes, permettant la concentration et la qualité.
Communiquer avec AuthenticitéCréateur de ConfiancePartager la vulnérabilité de manière constructive. Ne pas cacher les mauvaises nouvelles, mais les présenter comme des défis à relever ensemble.
Encourager la ContradictionDébloqueur d’InnovationsMettre en place des “avocats du diable” systématiquement lors des prises de décision critiques, valorisant ceux qui remettent en question le statu quo.
Transmettre de l’ÉnergieCatalyseur d’ActionsCélébrer les petits succès et les efforts, injectant de l’enthousiasme, en particulier lors des phases de forte tension ou de doute.

Et vous, quel dirigeant êtes-vous ?

Êtes-vous en train d’ériger, inconsciemment ou non, un mur de protection ou d’isolement ? Ou bien utilisez-vous chaque obstacle, chaque pierre, pour jeter une passerelle vers la performance collective et l’avenir ?

Le passage d’un dirigeant excellent (compétent techniquement et gestionnaire) à un dirigeant extraordinaire (inspirant et résilient) réside dans ce choix : celui de la connexion et du courage de la vulnérabilité constructive.

Géraldine Trentesaux

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