Témoignage de Tess Cévaër – Cofondatrice et CEO de HappyDarons

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Temps de lecture : 9 minutes

Qu’est-ce qui vous a amené à créer votre entreprise ?

Plusieurs choses. Déjà, avant mes études, je savais que je voulais entreprendre. Et ma sœur aussi. Mais nous voulions commencer par travailler dans des entreprises pour nous faire une expérience professionnelle. Donc, nous avons travaillé chacune de notre côté : moi pendant 4 ans en tant que chef de projet, dont 3 ans chez Viva Tech, évènement dédié à l’innovation. Je m’occupais d’accompagner les entrepreneurs, et je les mettais en relation avec des investisseurs. Dans le cadre de ce travail et de cet accompagnement, j’étais en relation avec beaucoup d’entrepreneurs. Et ça m’a donné envie de le devenir. En plus de ça, dans cet écosystème, je me suis fait un réseau d’entrepreneurs, d’investisseurs, de grands groupes. Et je me suis dit que c’était dommage de ne pas l’utiliser. Donc, au final, il m’a semblé évident de devenir entrepreneure. Je me suis donc dit : « bon, là, il faut se mettre à réfléchir à un projet », car je n’avais pas une idée précise au début de ce que je voulais faire. Je me suis donc libérée du temps (j’avais négocié avec mon employeur de pouvoir faire un part-time), pour pouvoir commencer à réfléchir au projet et à concrétiser quelques idées.

Après, la 1ère idée ne fut pas du tout la même que celle de maintenant ; notre produit actuel n’est pas ce qu’on avait en tête au début. Au départ, nous avions pour objectif d’aider les femmes à se sentir bien dans leur peau, bien dans leur corps, en alliant sport, nutrition et santé mentale. Nous avions calqué cette application sur nos besoins, à ma sœur et moi. Nous avons étudié le marché, nous avons échangé avec plus d’une centaine de femmes sur ces sujets-là, pour comprendre quelles étaient leurs problématiques et leurs besoins.

A la suite de ces échanges, nous avons eu plusieurs retours de femmes, des mamans notamment, qui nous ont fait part du fait que leur 1er enfant, ça avait été très compliqué, notamment leur retour de congé maternité : certaines avaient fait des dépressions post-partum, d’autres étaient revenues, mais au bout d’un an, elles ne s’étaient plus senties capables de rester dans la même entreprise. Sachant que nous, nous travaillions dans une entreprise inclusive et bienveillante, ces retours nous avaient un peu surprises. 

Et donc c’est comme ça que nous en sommes venues à creuser le sujet des salariés-parents : nous avons étudié davantage le marché, nous avons échangé avec plus d’une soixantaine de parents, et nous nous sommes rendues compte que ça ne touchait pas que les mamans, mais aussi les papas. Nous avons ensuite creusé le sujet aussi auprès des entreprises, pour comprendre ce qu’elles mettaient en place, même pour les plus grandes, et indépendamment de leurs tailles. Est-ce qu’elles avaient des politiques de parentalité qui étaient claires ? Quels étaient leurs besoins là-dessus ? Qu’est-ce qu’il leur manquait pour pouvoir continuer ? Parce que la plupart étaient sensibilisés sur ce sujet, mais ne savaient pas par où commencer, n’avaient pas d’outils simples à utiliser, n’avaient pas de bonnes pratiques. C’était un sujet important pour elles, mais pas prioritaire. Et c’est comme ça que nous en sommes arrivés à notre solution, à créer HappyDarons

Pouvez-vous me citer 3 mots clés qui caractérisent votre accompagnement ?

Prise de confiance, soutien, et cadre.

Cadre : déjà pour le premier besoin de la société, avoir des clients, j’avais besoin d’accompagnement sur des sujets très commerciaux, parce que nous sommes en phase de commercialisation. Et c’est un sujet que je ne maîtrisais pas du tout, parce que je n’ai jamais été Sales. Donc, c’était vraiment un besoin pour moi d’être accompagnée là-dessus. Sachant que j’avais déjà eu une coach au début, qui nous avait, avec mon associée, accompagnées sur la posture de dirigeant, et à prendre confiance en nous en tant qu’entrepreneures ; Géraldine, c’était sur les méthodes de vente et la manière de bien faire la partie commerciale. Mais depuis, elle m’accompagne sur bien plus de sujets

Prise de confiance : et donc, pour travailler cette prise de confiance commerciale, Géraldine m’a d’abord posé un cadre méthodologique, sur les choses à faire pour le processus commercial. Elle nous a énormément accompagné là-dessus. Elle m’a aidée à mettre un cadre clair, parce que c’est vrai que la commercialisation, c’est beaucoup de processus. Et ensuite, elle m’accompagne beaucoup sur ma posture et ma confiance en moi, par rapport à ces démarches commerciales. Elle me fait prendre conscience des compétences que j’ai déjà, et sur lesquelles je peux m’appuyer, pour davantage les mettre en avant dans mes pratiques, dans mes réunions, et cætera. Ça me permet de gagner en confiance, et de me sentir beaucoup plus forte ensuite. 

Soutien : au-delà même du cadre commercial, il y a aussi le soutien un peu personnel, parce que c’est vrai qu’avec Géraldine, on parle de mes enjeux, de toutes mes problématiques entrepreneuriales, mais pas que. Car, quand on est entrepreneure, entre le pro et le perso, tout est un peu mélangé. Et elle me soutient énormément aussi dans cet aspect-là aussi : mental et perso. C’est important pour moi, pour réussir à garder le cap, et à continuer ma vie d’entrepreneure. 

Vous accompagne-t-elle vous uniquement, ou vous et votre sœur ?

Non, moi uniquement.

Pourquoi avez-vous décidé de vous faire accompagner, vous, et pas votre sœur ?

En fait, c’est parce que j’avais bénéficié au début d’un accompagnement dans le cadre du programme Live for Good, et ça ne concernait qu’une personne, l’entrepreneur qui candidatait et qui bénéficiait du programme. Donc moi.

Au début, malgré tout, avec Géraldine, on avait commencé à faire à 3. Mais comme c’était à la base pour des sujets plus commerciaux qu’elle devait m’accompagner (on trouvait que c’était le plus utile), par rapport à ma sœur, qui est mon associée, ça n’allait pas forcément l’aider. En tout cas, c’est le retour qu’on s’était fait toutes les deux. Et c’est comme ça qu’on en est arrivé à ce que ce ne soit que moi. Le programme nous proposait donc des coachs.

Personnellement, je trouve que c’est très important d’être accompagnée, surtout dans nos débuts entrepreneuriaux (c’est ma première entreprise). J’estime que j’ai encore énormément de choses à apprendre, donc je trouve ça très intéressant de pouvoir bénéficier de l’expertise de Géraldine. Mais aussi, je trouve très utile d’avoir un ou une coach qui nous accompagne pour prendre du recul sur tout ce sur quoi on avance. Parce que ces points me permettent, même si j’en fais quand même régulièrement avec mes associés, de prendre du recul sur tout ce qui se passe dans mon quotidien, et de sortir la tête du guidon, de réaliser que « c’est super, il s’est passé telle ou telle chose ». Parce que parfois, on est tellement dans l’opérationnel, ou on est tellement à fond dans certains sujets, qu’on ne se rend même plus compte qu’il y a eu telle avancée, qu’il y a eu telle chose qui s’est passée… Être accompagnée permet donc aussi un peu de faire le bilan de ce sur quoi j’ai avancé depuis le début. Et c’est pour cela que le soutien, comme je le disais, est important. Je trouve et j’estime donc que c’est important de se faire accompagner.

Comment travaillez-vous ensemble ?

Alors, cela dépend un peu des enjeux que je vais avoir, mais en général, c’est 1H 30 à 2 heures toutes les 2 semaines. Et on se fait des points intermédiaires, en fonction des enjeux que j’ai la semaine d’après.  En ce moment, je suis à fond dans la commercialisation, et donc j’ai pas mal de rendez-vous avec des grands groupes sur lesquels elle m’aide à structurer. Typiquement, la semaine dernière, elle m’a mise en situation, comme si j’avais un rendez-vous avec une DRH d’un grand groupe (une population cible pour nous). Géraldine m’a préparée, en me mettant en situation, en me challengeant. Ainsi, on voit pas mal de choses. On va dans le concret. Il y a des points très personnels, mais aussi des decks que l’on travaille. J’avais rendez-vous avec un grand groupe prospect ; elle m’a aidé 2 jours avant à préparer le rendez-vous : qu’est-ce qu’il faut que je mette en avant sur les devis ? Qu’est-ce que je devrais rajouter ou pas ? Elle m’aide donc aussi sur des choses très pratiques.

Quels bénéfices tirez-vous de cette forme d’accompagnement ?

Pour moi, les bénéfices sont du soutien, de l’humain aussi. Du soutien, car avoir une personne comme Géraldine, c’est pouvoir échanger avec quelqu’un qui maîtrise déjà ces sujets (elle a travaillé je ne sais combien d’années dans des grands groupes, sur des fonctions commerciales et en tant que DG). C’est utile d’avoir aussi un regard différent d’une personne qui a une expertise, une expérience dans des grands groupes. C’est très utile pour moi. D’autant plus que les grands groupes sont une cible privilégiée, rapport à ce que nous faisons. Donc, c’est d’abord son regard extérieur et sa connaissance de cet univers qui nous aident, parce que les cibles et les DRH que nous adressons sont typiquement des profils que Géraldine connaît. Et donc, avoir ses conseils et son expertise là-dessus, c’est très enrichissant pour nous.

Dans les autres bénéfices, il y a le fait que je peux compter sur elle à tout moment. Je sais que si j’ai besoin d’elle, je peux l’appeler à n’importe quel moment, et elle va m’aider. Mais au-delà même de Géraldine, le fait d’avoir un coach est très utile : c’est pouvoir prendre du temps pour faire une introspection sur ce qui se passe, prendre du recul sur certaines situations… C’est toujours très important, en tant qu’entrepreneur, pour pouvoir avoir une clarté sur la suite. Et aussi de structurer ses objectifs. Mine de rien, nous le faisons parce que nous sommes 3 associés, mais je pense que le faire quand on est entrepreneur tout seul est primordial. Et même à 3, je trouve ça bien d’être quand même accompagnés par un coach, parce que c’est très important d’avoir ses objectifs clairement définis. 

Conseilleriez-vous à un dirigeant de se faire coacher ? Si oui, dans quelles situations ?

Ah oui, je recommande ! J’ai même déjà conseillé à un, même deux de mes amis entrepreneurs, de se faire coacher. Pour moi, c’est extrêmement important de se faire accompagner tout le temps, peu importent les sujets, même sur des sujets de développement personnel. Être dirigeantes, entrepreneures, nous qui sommes assez jeunes (je parle de mon entourage), c’est une posture qui est à incarner. Et je trouve que se faire accompagner et avoir quelqu’un qui nous donne des clés pour avoir davantage confiance en soi, c’est ce qui fait la différence quand on va dans des rendez-vous clients. Quand on fait comme nous beaucoup notre propre personal branding, c’est important d’avoir la bonne posture de dirigeante quand on est mise en avant.

Vous avez évoqué plusieurs fois cette notion de posture de dirigeant, comment vous sentez-vous entre maintenant et avant votre accompagnement ? 

Ça fait 6 mois que Géraldine nous accompagne, et je trouve que ce travail sur la posture de dirigeant est très important. Je ne sais pas si c’est lié aux femmes, ou lié au fait qu’on soit jeunes avec ma sœur. Au début quand nous n’avions même pas lancé notre startup, alors que nous n’avions pas encore déposé nos statuts, auprès de futurs clients, ce n’était pas forcément simple de se positionner. Nous n’avions rien de concret, et donc comment se montrer, se présenter en tant qu’entrepreneures alors que nous n’avions pratiquement rien lancé, que nous n’avions encore rien fait, ni prouvé ? C’est difficile d’incarner au début ce rôle de CEO, de fondateur, qui est pourtant notre titre sur la carte de visite. C’est difficile d’endosser ce rôle de dirigeant ; c’est un peu le syndrome de l’imposteur. Et donc je trouvais important de se faire accompagner pour pouvoir réduire ces croyances limitantes que l’on se met soi-même, et de gagner en confiance, pour gagner en crédibilité derrière.

Pourquoi dans votre analyse, y a-t-il aussi peu de dirigeants qui se font coacher en France ? Alors qu’aux États-Unis, c’est plutôt tout le monde… 

De plus en plus, c’est vrai, les Américains se font suivre et accompagner. Et pour eux, ça paraît logique. Et la preuve, ça leur permet d’aller plus vite, plus fort. Pour ma part, j’adore cet entrepreneur que je suis, Guillaume Moubèche (fondateur de Lemlist), qui justement, parle énormément de cela, et de l’importance de se faire accompagner, de miser sur soi, de se faire former. Et je trouve que c’est très vrai, parce que ça nous fait gagner tellement de temps, aller tellement plus vite en tant qu’entrepreneur. Je trouve ça primordial. En France, j’ai l’impression, en tout cas dans mon entourage, que ça évolue énormément. Mais c’est vrai que ça dépend des générations et des mentalités.

Je pense aussi qu’on ne se rend pas assez compte que le perso est aussi lié au pro quand on est entrepreneur. Certains pensent que quand on est dirigeant, c’est très factuel, c’est des chiffres et tout ça, alors que l’humain est extrêmement important. Et ce qu’on dégage aussi. Parfois, les gens n’en ont pas conscience, et se disent que ça va être une perte de temps, d’échanger avec un coach. Ils se disent « j’ai tellement de choses à faire, que je n’ai pas le temps de me remettre en question, ou de réfléchir à telle ou telle chose ».

Alors que pour moi, c’est important de le faire, parce que ça permet de gagner en clarté et en temps. Cela peut paraître contre-intuitif : au début, on a l’impression de perdre du temps parce que ça va prendre 1 ou 2 heures dans la semaine de voir son coach. Mais finalement, ce « temps perdu », c’est un investissement, parce qu’il y aura un retour derrière, parce que ça va nous faire gagner du temps sur d’autres choses : une méthodologie, un sujet pas traité parce que l’on a la tête dans le guidon, seul face à soi-même. Un peu comme les gens qui vous expliquent, quand on fait un projet, qu’on ne va pas démarrer par faire un planning parce que ça prend du temps. 

Pour moi, avoir une personne qui nous accompagne, c’est nous permettre de gagner en clarté, de gagner en façons de faire, de gagner en prenant du recul. Et gagner aussi sur le côté humain, car tout est lié, en nous permettant de nous enlever des croyances limitantes. Le coach n’est pas celui qui trouve des solutions pour nous, mais il nous aide à ce que ce soient nous qui trouvions nos solutions. Et je trouve que c’est très intéressant, parce que ça nous permet de réfléchir autrement. Et ça, ça nous fait gagner tellement plus de temps sur tellement de choses. Pour moi, c’est donc primordial.

Propos recueillis par Lugh & Co

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