Lugh & Co Réflexions | 7 février 2019

[Article – contributeur] Les principes du cubisme appliqués à ma boîte

Tout mettre à plat, élargir sa vision à 360°, se confronter au passé tout en regardant vers l’avenir… les principes des peintres cubistes sont souvent partagés par les entrepreneurs et managers d’aujourd’hui. Les similitudes entre cubisme et management d’entreprise sont en effet nombreuses. 

En visitant l’exposition consacrée au mouvement cubiste qui se tient actuellement, et jusqu’au 25 février, au Centre Pompidou (voir notre agenda culturel), je suis frappée de constater à quel point les peintres cubistes ont en commun avec les entrepreneurs de ce début du XXIème siècle.

Dans la première salle de l’exposition, une collection de masques africains et sculptures tribales rappellent les origines du cubisme : le retour aux sources et à la vie sauvage. Pour mieux appréhender l’avenir, ces artistes n’en oubliaient pas moins de se tourner vers le passé. Ils maîtrisaient les techniques anciennes à la perfection et travaillaient à les dépasser, mais sans jamais les renier.

A l’instar des entrepreneurs d’aujourd’hui, les cubistes sont apparus à une époque d’avancées techniques et technologiques majeures : les premières télécommunications avec le télégraphe, la démocratisation du transport aérien, et la généralisation de l’électricité (et de la lumière !) dans les rues, par exemple, offraient de nouvelles perspectives. Rompre les codes traditionnels, aller à l’essentiel, réduire l’espace au maximum, mettre tout à plat, et surtout, retourner le cube sous tous les angles pour en examiner chaque facette… Autant de principes cubistes parfaitement transposables à l’entreprise d’aujourd’hui. Cette idée, d’aller chercher l’inspiration à l’extérieur de la boîte (ou en anglais, to think outside the box), en est le parfait exemple. Ces artistes savaient sortir de leur zone de confort qu’était la peinture traditionnelle pour entrevoir de nouvelles perspectives. Ce mouvement artistique reposait avant tout sur une recherche d’innovation radicale dont nous avons aujourd’hui encore beaucoup à apprendre, comme l’explique en détails Stoyan Sgourev, Docteur en sociologie à l’Université de Stanford.

C’est en voyant Le Viaduc à l’Estaque de Braque, que Matisse parle pour la première fois de “petits cubes” et donne ainsi son nom au mouvement. Cette fragmentation systématique en cubes n’est pas non plus sans rappeler l’agilité des nouvelles organisations. Le terme d’”agilité” désignant le fait de fragmenter tout chantier ou toute mission en tâches de 15 minutes maximum. Autre point commun : la production en série. Trois jours, un tableau : telle était la cadence de production des cubistes. Beaucoup sont les peintres cubistes à avoir vécu de leur art de leur vivant, ce qui était loin d’être systématique à l’époque.  Picasso était un homme d’affaires aguerri, qui avait aussi pleinement conscience de la valeur de son art – en faire une marchandise n’était pas péjoratif mais au contraire très gratifiant.

Phénomène de mode oblige, les imitations étaient nombreuses et il suffisait d’un rien à une création pour être qualifiée de “cubiste”. Tout comme aujourd’hui, ces artistes (à l’exception des leaders que sont Braque et Picasso), organisaient régulièrement des salons.

L’espace de coworking de l’époque est le Bateau-Lavoir, situé au 13 de la place Emile-Goudeau à Montmartre. S’y retrouvent Picasso, Apollinaire, Juan Gris, Modigliani, Max Jacobs, Fernand Léger et bien d’autres encore.

Même si ce mouvement artistique n’a duré que 10 ans, de 1907 à 1917, il annonce à lui tout seul l’arrivée de l’art abstrait, du ready-made et de l’art contemporain. Les cubistes maniaient la peinture bien sûr, mais aussi le collage, les assemblages et avaient incorporé des chiffres et des lettres dans certaines de leurs œuvres, pour les rendre plus proches de la réalité. Les prémices de l’affiche étaient posées.

L’esprit collectif, la vision à la fois pragmatique et anticonformiste de ces artistes sont d’une fraîcheur et d’une modernité incroyable qui ne seraient en rien décalés aujourd’hui (dans ma boîte ou ailleurs).

Shirley Pellicer, CEO – Digitaluxe